une chronique de Poss publiée le 9 avril 2007
Suite à un travail d’une décennie autour de la guitare et de la musique contemporaine, Arturo Parra se consacre aujourd’hui principalement à la composition d’oeuvres originales. Il travaille notamment en collaboration avec des électroacousticiens avec qui il crée des oeuvres pour guitare et bandes magnétiques.
Sur cet album, à la superbe pochette riche en informations sur l’artiste et ses oeuvres, Arturo Parra s’adjoint donc la complicité de Stéphane Roy, Mauricio Bejarano, Francis Dhomont, Gilles Gobeil et Robert Normandeau.
La basilique fantôme nous entraîne en un lieu qui n’existe pas – ou plus ? – et dans lequel la guitare s’essaie à devenir un orgue. Ou tout au moins à le recréer. Des esprits chaotiques, des cordes enfouies dans la réverbération sacrée, des voix désincarnées viennent hanter ce lieu, viennent psalmodier leurs dernières et interminables prières.
D’or et de lumière : l’auteur nous parle d’une vallée aux arbres impénétrables, d’un lac d’émeraude, d’un homme nu au milieu. Et la guitare nous en apporte le côté dramatique et éperdu. On sent une fuite vers un inconnu. On découvre la perte de soi et l’impossibilité de résister à l’environnement. Les sonorités stridentes alentours renforcent ce sentiment. Les forces du destin et celles dites divines entrent en jeu.
Sol y sombra… l’espace des spectres : forme de corrida sonore. Duel entre instrument acoustique et bandes magnétiques. La chaleur des combats hispaniques imprègne tout le morceau. La lutte est féroce. La poussière, magnétique, acoustique, vole sans répit. On sent un combat dans une arène immense, infinie. Vidée de ses spectateurs, où le temps n’a plus de valeur. Où l’affrontement n’aura de cesse que lorsque l’univers s’effondrera.
Soledad : La solitude. Incarnée par un instrument. Où l’on ressent chaque instant, chaque pulsation de soi. Où l’on se découvre par petits bouts. De plus en plus petits. De plus en plus présents. De façon infinie. La guitare est constamment arrêtée dans ses épanchements. Non pas mutilée mais maîtrisée et isolée de tout. Elle se met à s’exprimer, mais reste seule pour s’écouter. Elle n’existe pas sans les mains. L’environnement sonore l’empêche de vivre. L’étouffe. La fait taire par plus de bruit qu’elle ne peut en faire. Il lui faut alors apprendre à exister différemment de sa façon naturelle d’expression. Un jeu hors des limites des accords et de l’harmonie. Un jeu en osmose avec le reste du monde.
L’envers du temps : On pourrait penser qu’il suffit d’entrer à reculons dans le temps pour en voir l’envers mais c’est compter sans sa force d’inertie qui nous entraîne avec lui. Les forces s’affrontent, frictionnent, se heurtent. On voudrait les contrer mais on s’y bute. On tourne en rond. On revient au même point de départ encore. Et chaque fois le choc est plus violent. Et puis soudain on entre, on est de l’autre côté. Le temps n’a plus la même saveur. Il change les lois. Il change notre vision du monde. Il nous ouvre à des références jusque là inconnues. La guitare et les sons se heurtent ainsi sans cesse. Dansent ensemble. Avancent et reculent à l’unissons. Ou bien s’affrontent. Ou s’opposent et s’inversent. Le morceau se finit comme le temps a du commencer : instantanément.
Un album à découvrir longuement.
Les faits : opéra contemporain (avec de vrais voix d’opéra, j’vous préviens) composé par le hongrois susnommé. Musique donc à instrumentarium « classique », atonale, avec des dissonances et des trucs pas faciles à chanter sous sa douche. Histoire de la fin du monde (youpi), catastrophe finale mais attendue de l’humanité. C’est une histoire compliquée chantée en allemand (rien n’est parfait) tirée de La Balade du Grand Macabre (1934) de l’auteur belge Michel de Gheldero. C’est l’histoire du prince Piet, constamment ivre, perdu dans la principauté de Brueghelland. Histoires de corruption, de police politique, avec des femmes, bref, je n’ai pas tout compris, mais peu importe, c’est baroque, tordu à souhait et somme toute rigolo.