une chronique de Perthsifleur publiée le 10 novembre 2008
Quelle douceur de se retrouver au volant de son bolide de marque française, dont la traduction simpliste du nom de modèle donnerait un truc du genre « double départ», à la nuit tombante, sous une pluie battante avec un fond sonore radiophonique couvrant à peine le bruit de la carlingue malmenée par l’âge avancé des amortisseurs.
Quel bonheur, cette seconde de lucidité durant laquelle je me suis aperçu de ce qui me rendait si doucement léger : le son du piano émergeant des enceintes coréennes de mon si beau bolide français. Cette légèreté s’est soudainement mue en caprice d’impatient. J’ai vite augmenté le volume, me suis demandé depuis combien de temps ce morceau était diffusé, qui était l’artiste, noté l’heure pour fouiller sur la prog, tout ça en conduisant ce superbe bolide de marque française dont la traduction simpliste du nom de modèle donnerait un truc du genre « départ jumelé ». Quelques secondes plus tard, je me suis enfin décidé à profiter de ce titre qui m’avait si délicatement sorti de ma torpeur.
Tigran Hamasyan a-t-elle dit une fois le morceau terminé. Tigran Hamasyan… Je fais le malin ici, devant vous, mais j’avoue que sur le coup je n’ai rien retenu. Heureusement, quelques détails fournis par la présentatrice à la voix si « vaginale » m’ont permis, grâce à mon talent de Google détective, de retrouver le susdit artiste.
Tigran Hamasyan est un jeune pianiste de Jazz né en 1987 en Arménie. Ses talents de pianiste se seraient éveillés très tôt chez ce petit prodige dont on nous dit qu’à l’âge de 3 ans, il chantait tout le répertoire des Led Zeppelin, de Deep Purple, des Beatles, de Louis Armstrong, et de Queens en essayant de s’accompagner au piano. Son intérêt pour le jazz aurait commencé dès l’âge de 7 ans.
Tout s’enchaîne à partir de sa seconde participation au festival de jazz international d’Erevan en 2000 à l’âge de 13 ans où il rencontre Chick Korea, Avishaï Cohen, Jeff Ballard, Ari Roland et Stephane Kochoyan qui fera beaucoup pour l’introduire dans la communauté jazz Européenne. En 2001, ce dernier l’invite à participer à plusieurs festivals français aux cotés de Philip et Christophe Le Van. Il y a notamment rencontré Wayne Shorter, Herbie Hancock, John Mc Laughlin, Joe Zawinul, Danillo Perez, John Patitucci, et a également joué aux cotés de Pierre Michelot et Daniel Humair.
Depuis, il enchaîne les festivals et collectionne les prix internationaux. Son dernier CD, « New Era », a été enregistré à Los Angeles avec Ben Wendel (sax), Francois Moutin (basse), Ari Hoenig (batterie) et Rouben Hairapetyan (duduk, zurna), et distribué par « Nocturne Records » (Paris).
Son jazz est un jazz plutôt contemporain qui bénéficie d’un mélange d’influences très diverses parmi lesquelles se trouvent des musiques Arméniennes, des chants Bulgares, John Coltrane, System of a Down (c’est lui qui le dit) et bien d’autres. Moi, ce qui m’a plu, c’est son piano qui respire le talent.
New Era a des airs de Songs de Brad Mehldau, notamment la fabuleuse mélodie du titre Living Paris. Pour le reste, j’y ai entendu le génie d’un Avishaï Cohen, qui sait incorporer à son jazz toute la poésie et l’exotisme de ses racines.
Voila un p’tit gars qui a déjà fait pas mal de chemin et qui tiendra, à mon avis, toutes ses promesses. Un p’tit gars à découvrir sur son site et sur son myspace. Et surtout, un p’tit gars à suivre de près.
Lors de mon dernier passage à Marseille il y a quelques semaines, Philippe – un des co-fondateurs du groupe et dirigeant du label 
Au départ trois, trois musiciens d’origine allemande. Aujourd’hui une formation polymorphe aux multiples facettes, entre 15 et 28 musiciens sur scène avec la même envie : faire danser son public.
Comment se crée un groupe ?
Voici un petit peu de soleil…
Impressions réelles : - Ecouter une voix éraillée, à la diction incompréhensible, un dimanche en fin d ‘après-midi, seul, dans un petit appartement sombre un jour de pluie, dans les faubourgs de Sophia-Antipolis. Ecouter attentivement les sons qui roulent, le gras des basses, les casserolades des percussions, les tensions des cordes de guitares électriques. Se plonger dans les mots (à l’aide du livret car la prononciation d’un Tom Waits grippé est difficile d’accès pour un frenchy). Comprendre alors l’immensité de nos pensées simples comme des amours qui défilent, comprendre alors la fatalité de la vie humaine, l’inexorable perdition de nos âmes, la lourdeur de la pesanteur, de la durée. La texture de la matière : notre esprit sort soudain de ces réflexions lorsque nos doigts découvrent le léger relief de la pochette du CD, d’un rouge sang, couleur magma, au lettrage rupestre et en projection de relief : la réalité de la matière. Et pourtant « real is gone » comme le dit le titre. Le réel est absent mais la prévalence de la matière tactile et sonore nous interpelle. Le réel est parti, laissant un désordre : il n’est pas facile de s’y retrouver dans les titres des chansons puisque les textes n’y sont pas présentés dans le « bon » ordre : un ordre ne sert plus à rien lorsque le réel s’est barré, avec votre amoureuse, Dieu sait où, et que vous vous retrouvez seul une dimanche après-midi dans le monde bien réel de votre appartement sombre et vide. Avec la gras’ttitude de Tom Waits.
C’est certainement l’un des meilleurs duo de jazz électronique qui est revenu à l’époque sur le devant de la scène avec ce septième album.