une chronique de fleur publiée le 3 mai 2009     

Article d’Eva Joly du 15/01/09, paru sur le site d’Europe Écologie : pour ceux que la question du système judiciaire français intéresse…à noter que je vous transmets cet article sans chercher à faire de prosélytisme pour Europe écologie (je ne connaissais même pas ce parti avant de m’intéresser à Eva Joly). C’est juste que je trouve le contexte social français légèrement effrayant ces derniers temps.

A bon entendeur…

// Retrouvez le texte en intégralité, ainsi que les autres billets d’Eva Joly sur le site d’Europe Écologie //


Monsieur le Président,

Supprimer le juge d’instruction ne constitue pas une simple réforme de notre système pénal, mais porte atteinte au plus haut de nos principes, celui de la séparation des pouvoirs et de l’indépendance de la justice à l’égard du pouvoir politique. Votre discours ne mentionne aucune garantie d’indépendance pour les enquêtes. Ce silence, dans un domaine qui constitutionnellement vous échoie, porte la marque du stratagème politique.

Mais le verbe haut et toute la rhétorique du monde ne suffiront pas pour convaincre les Français qu’un parquet soumis aux instructions du ministre constitue une meilleure garantie pour le justiciable qu’un juge indépendant. Vous affirmez que notre pays est marqué par une tradition de « rivalité » entre le politique et le judiciaire. La rivalité n’est pas du côté des juges, elle est le fruit de la peur des politiques.

Vous pensez que la légitimité politique prime sur tous les pouvoirs. Or c’est précisément pour contenir le désir de toute-puissance qui s’empare naturellement des gouvernants que les Lumières ont forgé le concept de séparation des pouvoirs. John Locke l’a observé justement : « C’est une expérience éternelle, que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ; il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites. » Il ne fait pas bon en France incarner une de ces limites. Plus d’un magistrat en France peut en témoigner.

Qui peut encore croire que le juge d’instruction est « l’homme le plus puissant de France » ? Certainement pas vous, Monsieur le président. L’homme le plus puissant de France, c’est vous. Vous avez le pouvoir de faire saisir un tribunal arbitral qui attribue 285 millions d’euros à un de vos soutiens. Vous avez le pouvoir de déguiser une grâce individuelle à un préfet dévoyé en grâce collective.

LE SPECTACLE DE L’IMPUNITÉ

A de rares exceptions, en matière financière, il n’y a plus que des enquêtes préliminaires, et des dossiers bouclés dorment dans les tiroirs. La liste des enquêtes non effectuées est impressionnante : les soupçons de corruption à l’encontre de Christian Poncelet, ex-président du Sénat ; les flux financiers allégués de Jacques Chirac au Japon ; les fortunes apparemment mal acquises des présidents africains placées en France ; le rôle supposé de la BNP Paribas dans les montages corrupteurs au Congo-Brazzaville et Congo-Kinshasa.

La justice aurait dû enquêter pour crever l’abcès. Elle ne l’a pas fait, laissant se répandre le poison du soupçon et le spectacle de l’impunité. Une justice dépendante, c’est une justice qui n’ouvre pas d’enquête lorsque les faits déplaisent au pouvoir. Rappelez-vous du massacre des Algériens à Paris le 17 octobre 1961. Il n’y eut jamais aucune enquête ! Aucune condamnation ! Parce que le parquet ne le jugea pas opportun.

Est-ce cette face-là de la justice qu’il faut faire ressortir au XXIe siècle ? Le juge d’instruction est le fruit de notre histoire. Il n’existe pas ou a disparu en dehors de nos frontières. Il peut évidemment être supprimé, mais à condition que sa disparition entraîne davantage de démocratie et non davantage d’arbitraire. Peu importe qui mène les enquêtes pourvu que les magistrats soient préservés des pressions ; pourvu que les investigations puissent être conduites, ne soient pas étouffées dans l’oeuf.

Vous voulez confier les enquêtes au parquet ? Cela se peut, mais il faut alors rendre le parquet indépendant de votre pouvoir, ce qui, vous en conviendrez, n’a guère été votre choix. Les contempteurs des juges d’instruction affirment qu’il est impossible d’instruire à charge et à décharge. Si le parquet enquête, il héritera du même dilemme. A moins que vous n’ayez l’intention d’accorder aux avocats un pouvoir d’enquête… Non seulement la justice sera aux ordres, mais elle deviendra inégalitaire, à l’image de la justice américaine.

En somme, vous aurez pris le pire des deux systèmes : l’arbitraire et l’inégalité. Face à un projet qui foule aux pieds l’idéal de 1789 d’égalité des citoyens devant la loi, face à une réforme qui risque de transformer notre pays en République oligarchique, à la solde de quelques-uns, j’appelle les Françaises et les Français épris de justice à la mobilisation contre votre projet.

     une chronique de Poss publiée le 8 mars 2009     

Je suis tombé un peu par hasard sur une excellente vidéo de Lasse Gjertsen, étudiant norvégien du Kent Institute of Art & Design, et je me suis dit qu’il fallait partager ça avec vous. Son procédé d’animation est simple et reproductible par tout un chacun (enfin pour qui sait manier un peu une camera vidéo et un logiciel de montage).

C’est donc tout naturellement que bien d’autres gens hyperactifs (du nom d’une des vidéo de Lasse) de par le monde ont aussi mis en ligne leurs oeuvres sur les plateformes de vidéo en ligne. Lasse n’était certainement pas le premier, les autres ne font pas forcément tous du plagiat ou du travail inspiré de, mais en tout cas certains méritent vraiment un grand bravo pour leurs oeuvres. En voici une sélection.

Alors vous aussi, chantez My Way note à note, filmez des samples de votre chasse d’eau, tirez la queue du chat pour le faire miauler et envoyez-nous vos productions ! Celles que nous jugerons dignes d’intérêt seront publiées pour la postérité.

Amateur, par Lasse Gjertsen
(ou, la batterie pour gens bien habillés)


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Star Wars (John Williams is the man), par Corey Vidal
(ou, j’ai pas d’amis mais je ferai quand même une chorale)


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Thriller, par François Macré
(ou, je vaux pas 100 millions de dollars mais je sais chanter à 64 voix…)
(…et je cherche un producteur)


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Beat Soufflé, par James Provan
(ou, comment ma cuisine est devenu un super studio d’enregistrement)


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Kitchen Rythm Contest, by Ikea
(ou, si Ikea s’y met c’est qu’il y a de la thune à se faire)


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The Turn Ghost Cluster, by Fredo Viola
(ou, je suis plus connu pour le morceau The Sad Song, mais chez Marmuz c’est celle-là qu’ils préfèrent)


     une chronique de Poss publiée le 21 février 2009     

Je suis tombé un peu par hasard sur le site de Maître Eolas avocat au barreau de Paris et donc la véritable identité ne vous sera pas dévoilé en ces lignes (ni en les siennes d’ailleurs).

Certes, on est loin du monde culturello-culinaro-littéraire auquel Marmuz vous a habitué (bien que depuis quelques mois la cadence ait sérieusement ralenti de tout part), mais j’ai considéré que la lecture de ce blog d’ordre législatif voire juridique ne pouvait pas laisser indifférent et méritait d’accéder au panthéon des chroniques marmuziennes.

En effet, le billet par lequel je fis mon entrée chez Eolas n’est pas qu’une simple discussion de juriste. Intitulé « Quelques leçons de droit (et même un peu d’économie) à l’attention de Luc Besson » il s’agit de l’analyse et du décorticage minutieux de la tribune écrite par Luc Besson dans Le Monde du 14 février dernier à propos du téléchargement illégal des films et de la perte qu’elle est censée engendrer.

Là où les écrits d’Eolas prennent tout leur intérêt c’est qu’ils s’arrêtent point par point sur les dires du boss d’Europa Corp pour en démontrer le plus souvent la mauvaise foi et le manque – volontaire ? – de connaissance réelle technique et juridique. Les explications d’Eolas sont limpides, documentées et au vu des commentaires, questions et remarques des nombreux lecteurs, difficiles à mettre en contradiction. Preuve si leur auteur connait bien son sujet et a priori n’écrit pas de manière passionnée, mais de façon juste et réfléchie.

Là où ma chronique prend son intérêt c’est que le site intitulé « Journal d’un avocat – Instantanés de la justice et du droit » ouvre des portes bien plus larges que ce débat opposant auteurs, producteurs, public et voleurs (les deux derniers étant bien souvent confondus) et permet au béotien tel que moi de pouvoir s’instruire sur le monde de la justice d’aujourd’hui sans avoir forcément besoin de prendre des cours du soir (enfin… presque…).

En vrac juste pour vous inciter à la lecture :

  • Que faire quand on reçoit un courrier d’avocat ?
  • Au fait, comment on fait un procés ?
  • Dans le prétoire : expérience du quotidien, réalités des accusés et des coupables
  • La séquence du spectateur : les émissions notables diffusées sur nos chaînes plus ou moins hertziennes

Et pour ceux que le droit rebuterait encore, ce cher Maître a ceci dit tout pour plaire, puisqu’il y publie aussi une rubrique « Ovalie » dédiée à… allez je vous laisse c’est la mi-temps.

     une chronique de Perch publiée le 31 décembre 2008     

 

Pas d’images, pas de chronique, pas d’envolée lyrique…. juste un petit mot pour des gens bien qui, par la faute à de sales histoires de gros sous, se retrouvent aujourd’hui sur le carreau, presque du jour au lendemain, sans avoir leur mot à dire.

C’est avec stupeur que j’ai appris hier saprès-midi que l’incontournable  librairie BD d’Aix en Provence fermait définitivement ses portes.: passée il y a quelques temps sous l’enseigne "Album", la "Bulle Noire" était en quelques décénies, devenue le rendez-vous incontournable de tout amateur de BD qui se respecte.

C’est en partie grâce à eux, toute l’équipe : Yves, François, Gilles,…. (désolé pour tous les autres que je ne cite pas,… je pense également très fort à eux) que m’est venu cet amour inconditionnel pour la BD. Vous en trouverez des passionnés du 9ème art qui vous guideront, vous conseillerons, voire qui, limite,vous engeulerons quand vous aurez pris la "mauvaise BD" (je pense essentiellement à toi Gilles en disant ça ! lol),…. certes vous en trouverez, … mais pas de cette trempe ! Tous avaient des goût différents, tous avaient leurs avis, et, pour peu que vous ne sachiez pas vraiment ce que vous vouliez en entrant, il était presque inconcevable de ressortir les mains vides,…..

C’est aujourd’hui une page de l’histoire d’Aix qui se tourne,… la dernière page d’un très bon scénario qui s’achève bien tristement.

Je ne sais pas trop quoi dire, si ce n’est peut-être que le fait de ne plus avoir de Librairie BD digne de ce nom sur Aix apparaît bien léger si l’on veut bien considérer que, et je me répète, des gens vraiment bien, se retrouvent au chôm’du, .. et ne le méritent vraiment pas !

Je croise les doigts pour vous tous, et espère de tout coeur que vous retrouverez du taf rapidement. J’encourage tous le lecteurs, chroniqueurs,… occasionnels ou réguliers, à laisser en commentaire un petit mot de soutien à ceux qui ont fait vivre l’âme de la BD sur Aix toutes ces années.

Je vous embrasse tous très fort.

Benoît.

Jean-Hugues Oppel
(Payot / Rivages Noir)

     une chronique de Poss publiée le 14 octobre 2008     

French Tabloïds

     Prenez un Président français en déroute peu de temps avant les élections, saupoudrez d’un zeste de Renseignements Généraux, ajoutez un trio de manipulateurs d’opinions, incorporez doucement un maniaque de la gachette qui ne rêve que de faire le carton du siècle, émulsionnez avec un lieutenant de police un poil fouineur et instinctif, faites chauffer pendant quelques mois par un peuple accroché aux sondages d’opinion et aux dramatiques manchettes de journaux forcément racoleuses, servez bouillant !

Jean-Hugues Oppel réussi le pari de tenir en haleine son lecteur durant près de 450 pages (format poche) sur un événement ultra-connu de tous les français qui ont vécu la période des élections présidentielles de 2002. Cela sans jamais désigner nommément un quelconque dirigeant de parti, homme politique divers ou rédacteur en chef.

La chronologie des événements suit le fil des chapitres qui au lieu d’être vue par vous ou moi via, qui son quotidien préféré, qui son journal télévisé ou qui encore son meeting politique est vue au travers de potentiels personnages et organisations semi-souterraines oeuvrant pour que le candidat sortant soit réélu coûte que coûte et évite de redevenir un citoyen pris pour cible par la justice de son pays dès la fin de son mandat.
On a tous tout cela en tête, on a pu tous s’imaginer les pires scénarii qui ont à l’époque menés messieurs Le Pen et Chirac au second tour. Pourtant on se laisse porter par les personnages truculents, véreux ou trop intègres, mais sûrs d’eux-mêmes qu’Oppel monte autour des candidats jusqu’au moment de l’apothéose.

On pourra détester parfois le style littéraire un peu télégraphique – et c’est là que se fait pour moi la distance avec le American Tabloïd de James Ellroy – mais on appréciera forcément la vivacité du récit, les divers rebondissements et les intermèdes titrés des manchettes de journaux. D’ailleurs parmi les plus accrocheurs, et qui vous rappelleront sûrement le ras-le-bol qu’on a pu avoir sur le sujet à l’époque ("Insécurité – Comment les maires font face", "Insécurité : Il y a urgence", "Les multiples visages de l’insécurité", "L’insécurité sans débat"…etc) j’en ai noté un pour sa drôlerie et en même temps son côté pathétique, car j’imagine que notre auteur, fort bien documenté, l’a réellement vu dans des archives de journaux. Comme les quelques 200 autres titres d’ailleurs…

"Les vols d’huîtres ont repris"

     une chronique de Poss publiée le 2 juillet 2008     

     Ce mois-ci je voulais faire une playlist un peu plus fourni que ça et pis bon Juin n’ayant que 30 jours et les jours racourcissant dès le 22 finalement on se retrouve quasiment avec un demi-mois pour tout faire…

Bref, voici donc un peu de musique (mais pas trop) juste avant de commencer vraiment l’été!

free music
Tracklisting (avec liens vers les sites de chaque artiste/groupe) :

  1. The Ting Tings : Great DJ, sur We Started Nothing (2008)
  2. Ellen Alien & Appart : Jet, sur Orchestra of Bubbles (2006)
  3. Metro Area : Caught Up, sur Metro Area (2002)
  4. Broken Social Scene : 7/4 (Shoreline), sur Broken Social Scene (2005)
  5. Strings Of Consciousness : Forest of Spades, sur Fantomastique Acoustica (2008)
  6. Easy Star All-Stars : Karma Police, sur Radiodread (2006)
  7. Portishead : We Carry On, sur Third (2008)
  8. Cliff Martinez : Wear Your Seat Belt, sur Solaris Soundtrack (2002)
Guy Delisle
date de parution : 2000 (Shenzhen), 2003 (Pyongyang), 2007 (Chroniques Birmanes)

     une chronique de Poss publiée le 23 mai 2008     

     C’est il y a 7 ans que je découvrais un peu par hasard le premier tome de ce qui allait devenir pour moi une trilogie majeure dans l’univers de la bande dessinée contemporaine. Je ne connaissais alors absolument pas Guy Delisle, auteur québécois que je qualifierais aujourd’hui comme le plus juste et le plus lucide de sa génération.

     Sa profession, outre celle de dessiner des "petits mickeys", en tant qu’animateur de dessins animés l’a amené à aller travailler dans les pays où le vent de la mondialisation avait déjà commencé à souffler à plein régime : pays d’Asie où la main d’œuvre est bon marché, peu (voire pas) revendicative et disponible à souhait. Sa force a été de nous ouvrir les portes de son quotidien en Chine continentale (Shenzhen), en Corée du Nord (Pyongyang) et en Birmanie (Chroniques Birmanes). Pour ce dernier opus, la méthode reste la même bien que son rôle soit là celui "de mari de", puisque accompagnant sa conjointe travaillant pour M.S.F. dans la région.

     C’est donc un journal de bord en forme de triptyque qui nous est proposé mélangeant son travail avec ses collègues asiatiques, ses rencontres avec les cercles d’expatriés, ses quelques – et maigres – échappées touristiques. On peut y lire des moments uniques et rares, tel son quotidien en Corée du Nord passé dans un hôtel pompeux au décor miteux et aux restaurants sempiternellement déserts. On peut y voir aussi de grands moments de critique et de rébellion (vite rattrapés par le quotidien et le caractère malgré tout peu militant de notre héros) face à des régimes autoritaires, tel le moment où l’ami Guy découvre qu’il habite tout près de la maison d’Aung San Suu Kyi (Prix Nobel de la Paix 1991) assignée à résidence par la junte militaire birmane. Mais surtout on s’y régale de vivre ces pays de l’intérieur. Certes avec la vision d’un occidental expatrié pour de courtes périodes, mais au final c’est bien ce qui fonctionne à merveille car on s’identifie très facilement et rapidement au personnage. On prend plaisir à découvrir mille et un détail de ces pays que l’on ne peut pas appréhender en regardant un documentaire, en lisant des livres politiques ou de société, ou simplement en y allant en touriste (pour la Corée du Nord le défi est de taille remarquez !). Guy nous apporte par son dessin sobre et efficace une dimension nouvelle, fraîche et simple, à l’humour acerbe, au ton critique avec un mélange d’objectivité-subjective plutôt plaisante.

     Sachez toutefois que quand vous en aurez lu un, il vous faudra les autres.
     Pour ma part, j’espère que notre auteur-héros aura à repartir prochainement en Asie ou ailleurs…

 
Simon ANDRIVEAU
(Delcourt)
date de parution : décembre 2006

     une chronique de Perch publiée le 2 avril 2008     

 

 

Salut les aminches,

Une p’tite chronique pour bien entamer le printemps…et hop !

Comment profiter au mieux des premiers rayons de soleil qui parviennent désormais à passer doucement au travers du feuillage des platanes (si il y en a dans le coin évidemment, … mais un tilleul, ou un autre feuillu quelconque fera très bien l’affaire, rassurez vous chers amis lecteurs) ….. hein?… Comment éviter la déprime bien compréhensible du spectacle totalement consternant de la neige qui nous abandonne une nouvelle fois pour quelques mois, nous obligeant à ranger à contre-coeur les skis au placard?… Bon, pas de panique… Il existe un remède assez efficace pour lutter contre ce genre de fleau dépressionaire et saisonnier (parceque, oui,… vous ne me croirez peut-être pas, mais c’est comme ça tous les ans !)….  : la prescription est simple : une p’tite bière, un p’tit bar  (au hasard… le Brigand, ou tout autre troquet qui offre quelques places au calme en terrasse…), une ch’tite clope,… et une bonne BD ! (logique)…. Tout ceci est à prendre dans l’ordre, avant ou après le repas de midi, aussi longtemps que les symptômes persistent, et même après leur disparition,…peu importe. Attention toutefois, des phénomènes d’addiction peuvent apparaître rapidement,… mais il sont relativement sans danger… sauf pour le portefeuille peut-être.

S’il est certain que le neuvième art propose quantités de styles divers et variés, tant du point de vue du dessin que du scénario, voire de la mise en couleur, s’il est évident que, de l’amateur éclairé au néophyte, nous sommes tous plus ou moins versés dans un genre plutôt qu’un autre, si certains attachent plus d’importance au scénario, d’autres au dessin,… bref,… s’il est rare de trouver une BD qui fasse vraiment l’unanimité,… il arrive parfois, de temps en temps, qu’une petite perle pointe le bout de son nez, comme ça, sans prévenir…. et paf !… tout le monde en prend plein la vue !

C’est un peu ce qui s’est passé lorsque je suis tombé sur "Le Grand Siècle", de Simon ANDRIVEAU. Bon, certes, il est probable que j’anticipe peut-être un peu lorsque j’avance que tous seront conquis par cet ouvrage… Pardonnez les élans d’un lecteur passionné, tout juste sorti d’une BD passionnante.

Le premier volume ("Alphonse") du "Grand Siècle" nous plonge en 1666. Alphonse, un modeste manouvrier, est témoin du meurtre du chevalier de Beaumont, intime du Grand Condé, et détenteur d’un rapport d’autopsie secret dont le contenu pourrait mettre fin au règne de Louis XIV. En enlevant le fils du chevalier pour le soustraire aux assassins de son père, le héros se retrouve pris dans une aventure dont les enjeux le dépassent complètement. 

Quelques mots sur l’auteur : inconnu au bataillon jusqu’à l’acquisition de cette BD, guidée par les conseils éclairés de mon libraire BD préféré ! … une rapide recherche sur le net m’a permi de constater que je ne devais pas être le seul à ignorer alors l’existence de ce dernier : Après des études d’art, orientées vers l’animation, ce Reimois d’origine débute en travaillant dans le domaine des effets spéciaux pour la télévision et le cinéma, avant de signer chez les éditions Delcourt le premier volet de ce qui est donc sa première BD….. et franchement, chers amis lecteurs, c’est un coup de maître ! Simon ANDRIVEAU est à la fois au scénario, au dessin, et à la mise en couleur…et la maîrise est totale !

 Parlons du dessin, tout d’abord : superbe… digne, et pardonnez moi la comparaison, de l’incontournable Régis LOISEL, avec un soupçon de François BOURGEON (pour les précisions historiques évidemment… dont quelques rares, mais fort sympatiques, dessins de vaisseaux du XVIIème) : Sans être un dessin très fin, ou même hyper-réaliste, le trait ( plume et encre de chine) est sûr, dynamique, efficace; Pas de scènes surchargées, mais des décors complets, sur lesquels l’auteur a manifestement eu un réel soucis du détail (historique notamment), ce qui plonge rapidement et entièrement le lecteur dans l’ambiance de l’époque. Les expressions de tous ses personnages sont extrêmement bien rendues (les regards des personnages surtout). La mise en couleur est également très réussie,.. et je n’ai toujours pas réussi à savoir si elle est réalisée "à la main" (aquarelle ou autre), à l’aérographe, ou à l’ordinateur…. ou un peu des trois à la fois !…. Quoi qu’il en soit, la dynamique créee par l’ensemble  sert admirablement un scénario de très belle facture. Ne vous attendez pas à une histoire très complexe, torturée,… bref, ce n’est pas ce que je qualifierai de "BD d’auteur" (je dis ça avec, je vous l’assure, le plus grand respect pour ce type de BD, si toutefois on peut vraiment en définir les caractéristiques précises) : cette BD est vraiment accessible à tous  : pas besoin de se mettre en condition pour dévorer ce petit bijou…. c’est plutôt le genre de BD qui, au détour d’un temps libre qui vous a donné l’occasion d’ouvrir ses pages, vous happe et ne vous lâche plus…. Le rythme est rapide, rebondissant, bref… très prenant. Les nombreux personnages qui interviennent ça et là sont très bien travaillés, et ne peuvent pas laisser le lecteur indifférent : tantôt attendrissants, drôles, pathétiques, exaspérants, angoissants…. tous renforcent le caractère réaliste et la dynamique du récit. Il ya dans ce scénario un je-ne-sais-quoi qui me fais penser à l’oeuvre du très grand et regretté Jean Michel CHARLIER : pas forcément dans le style en lui-même, plutôt dans la façon de captiver le lecteur et de ne le lâcher qu’à la dernière page, au grand dessepoir de ce dernier, qui n’aura alors de cesse que de harceler les libraires pour leur arracher la date de la sortie du tome suivant (les lecteurs de "Blueberry" me comprendront !).

En gros,…. un peu de LOISEL, un peu de BOURGEON, un peu de CHARLIER….le premier tome du "Grand Siècle" nous laisse entrevoir l’émergence d’un futur grand auteur….. Simon ANDRIVEAU travaille aujourd’hui à la suite de cette première série historique, …et, si mes informations sont exactes, le deuxième tome devrait normalement sortir aux alentours de Juin 2008. Vivement la suite !

Sur ce, chers amis lecteurs, et en espérant vour avoir mis en appétit, il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une bonne lecture !

Goliarda Sapienza
(Viviane Hamy)
date de parution : Septembre 2005

     une chronique de clochette publiée le 4 mars 2008     

ça s’appelle l’Art de la Joie, mais ça aurait aussi pu s’appeler l’art de la liberté.

Ce livre retrace la vie de Modesta, jeune sicilienne pauvre qui a une soif de vivre et de liberté incroyable. Cette héroïne est toute en ombre et en lumière… elle n’hésite pas à tuer pour s’en sortir et en même temps porte un amour immense et absolu à ceux qu’elle considère comme les siens.

C’est donc l’histoire d’une femme libre et ambiguë, en avance sur son époque et au travers elle l’histoire de l’Italie lors de la première moitié du 20ème siècle.

Une histoire, magnifique, passionnée, lumineuse baignée par le soleil de Sicile, à la fois chaud et terriblement dur …. ça fait longtemps que je n’ai pas aimé un livre comme ça.

Maëster
(Editions LE LOMBARD)
date de parution : Janvier 2008

     une chronique de Perch publiée le 22 janvier 2008     

Salut les aminches,

 Je ne m’attarderai point aujourd’hui sur le pourquoi du comment du quand-est-ce-que,… bref sur les tribulations qui m’ont conduit à acquérir l’ouvrage dont je vais vous parler d’ici peu. D’abord parce que ça clouera le bec de (trop) nombreuses langues de serpents sournois qui tiennent en marge de ce blog des discours assassins sur mes chroniques qui, soit disant , ne vont pas assez droit au but : je le sais… et, ne vous en déplaise,… c’est fait exprès ! Ca vous la coupe, hein ?!… et oui, non seulement "Perch" écrit plein de conneries dans ses chroniques… mais en plus il le fait exprès ! (je ne saurais donc que trop conseiller à l’équipe de la rédaction de lui (c’est à dire moi…) interdire l’accès à ce blog, de peur qu’il ne récidive !). Ensuite, si l’introduction de cette chronique est plus limitée que celles des précédentes, c’est aussi parce que les aventures vécues qui mènent à l’achat de cette "BD" , puis à la rédaction de ces lignes, ne sont pas forcément de celles qui forcent l’admiration, et que l’ont narre ensuite pendant des générations le soir au coin du feu…: J’étais à Virgin, je suis passé devant le rayon BD, j’ai vu le bouquin dont il est question, et comme j’aime beaucoup ce que fait Maëster, je l’ai acheté… vous voyez, y’a pas de quoi en faire un Coulommiers !

Bref,… cette BD, enfin,… ce n’est pas tout à fait une BD, mais bon,… le reste de l’œuvre de l’auteur (MAESTER) le rangeant au milieu des plus grandes pointures du neuvième art… on l’appellera comme ça! Pour ceux qui ne sont pas convaincus par ma dernière affirmation, (re)-plongez vous dans les désormais mythiques "Soeur Marie Thérèse des Batignoles", relisez les "Athanagor Wurlitzer", les "Meutres Fatals Graves",…..et même dans "Raven" (pour ceux qui ont la chance d’avoir vu cette marrante petite histoire sans paroles en couleur dans un petit format souple malheureusement désormais épuisé),…: tous les ingrédients y sont réunis pour faire de ce trublion de la BD un grand auteur : un coup de crayon superbe, génial, qu’il met au service d’un humour bien volontiers potache, mais au combien efficace. Bref, le digne héritier de Môssieur Marcel GOTLIB (s’il vous plaît!)….

Cette fois-ci, pas d’histoires, pas de planches recelant mille et un détails et gags cachés dans le décor, nécessitant au moins 14 lectures pour tous les déceler, pas de scénars farfelus,… juste des dessins d’actualité retraçant quelques événements (majeurs?) marquants de Décembre 2006 à Novembre 2007, rassemblés dans un recueil de 62 pages délirantes et décapantes. A la lecture de celui-ci, on est fasciné (euh,… si, si, ce n’est pas exagéré, vous verrez !) par le talent de caricaturiste sans limites du bonhomme (celle de Laëtitia et Johnny Halliday (page 8), ou encore celle de Sarkozy (page 35), celle de… non, décidemment elles sont toutes géniales!). Et là,… l’humour potache auquel l’amateur est habitué, prend soudain un goût carrément acide, un ton (…ton…. ah, ah!) flingueur, n’épargnant personne, surtout pas les guignols qui nous entourent et nous dirigent, et qui nous encombrent le poste tous les jours à 13 et 20 heures, qu’il prend bien soin d’égratigner de sa mine acérée !

Ce recueil fait suite à un précédent ouvrage qui s’intitulait "l’Actue Tue", chez le même éditeur, paru en janvier 2007.  Parmi les petits bijoux qu’on y trouvait, la caricature du Lider Maximo, moitié dictateur-moitié cigare, se consumant doucement dans un cendrier… eh bien, celle-là mes amis… celle-là vaut à elle seule le détour !

Tous ces dessins sont tirés de son blog "maester.over-blog.com" aussi appelé  "les aventures de Maëster sur le net": c’est là qu’il met en ligne depuis fin novembre 2005 tout un tas de dessins que lui inspire l’actualité, et dont il tirera par la suite les deux recueils pré-cités. Balladez vous sur ce blog,… vous ne le regretterez pas… Même si j’aime beaucoup le concept de ce blog un peu à part, même si l’auteur y a puisé ses dessins qui composent les deux recueils dont je vous ai parlé aujourd’hui,… je reste un fidèle de l’oeuvre "en papier", et il me semble que ces dessins gagnent beaucoup à être vus et lus dans un livre plutôt que sur un écran…

Comme disais Pierre Desproges, "on peut rire de tout, mais pas avec tout le monde!"… donc pourquoi ne pas rire (franchement) de l’actu,… et puis, entre nous, lecteurs et lectrices de Marmuz… vous êtes "tout le monde" ?……..

Allez les aminches,…. bonne "lecture"

Marisha Pessl
(Gallimard)
date de parution : 30 août 2007

     une chronique de fleur publiée le 31 décembre 2007     

On réfléchit toujours avant de s’offir un livre "qualité"; c’est-à-dire pas un livre de poche. C’est donc après avoir lu deux critiques dityrambiques sur "La physique des catastrophes", de Marisha Pessl (Gallimard), que j’ai décidé d’investir une vingtaine d’euros dans cet ouvrage. Je pensais, critiques à l’appui, que ce livre me distrairait avec l’élégance qui habituellement manque aux polars (dont je suis fan). J’écris donc cette critique pour vous prévenir, amis marmuziens…contre les critiques littéraires! en effet, alors que l’auteure était décrite comme la "nouvelle star US de la littérature" (sic), j’ai découvert une écriture certes agréable mais immature et surtout, surtout, une très pénible habitude de "name dropping". En substance Marisha Pessl a la coquetterie de faire des citations toutes les deux phrases, ce qui rend son ouvrage affecté pour ne pas dire snob, et carrément insupportable à lire (imaginez une intrigue dont le cours est sans cesse interrompu par des disgressions culturelles qui ne lui apportent pas grand-chose). Je m’interroge à ce sujet: est-ce pour faire djeuns? Est-ce pour montrer toutes l’étendue de sa culture Côte Est? est-ce supposé être drôle? C’est dommage car l’histoire n’est pas mal, le style non plus, et les personnages originaux et colorés (quoique l’héroïne, pour être rigolote, est peu crédible).

En bref, selon moi, il s’agit d’un bouquin qui aurait pu être pas mal, et qui est plombé par des coquetteries stylistiques. Pas de quoi le payer une vingtaine d’euros en somme, et autant attendre qu’il sorte en poche pour le lire dans le train!

Une horrible conclusion s’impose donc à moi: Télérama s’est planté, et les critiques peuvent être de mauvais conseil! (il était temps, à trente ans, que je m’en rende compte!). Tout fout le camp…heureusement il y a Marmuz!

Daniel Pennac
(Gallimard)
date de parution : 2007

     une chronique de fleur publiée le 31 décembre 2007     

Décidément cet hiver je commets des impairs littéraires… Comme d’habitude, j’achète le Prix Renaudot, qui, comme tout le monde le sait, n’est pas décerné par des commerçants (voir Prix Goncourt), mais par des critiques. Toujours aveugle, je fais confiance à ces derniers qui décrivent un ouvrage sympathique, intéressant, touchant, et j’en passe. Je m’interroge juste sur le fait que l’auteur de "Chagrin d’école", Daniel Pennac, soit le récipiendaire de ce prix, vu qu’il est déjà archi-célèbre.

En bref, la première partie du livre, qui traite de l’enfance de l’auteur, est effectivement touchante, plaisante, et comme d’habitude chez Daniel Pennac écrite avec humour, bonhomie, fluidité. Les choses se corsent dans la deuxième partie, où en gros Daniel Pennac nous démontre quel extraordinaire professeur il est devenu. J’ai eu le sentiment de recevoir une "leçon d’éducation nationale", bien superflue vu que je ne projette pas d’entrer prochainement à l’IUFM. Il y a un côté paternaliste, bonhomme, et autocongratulant sous couvert de modestie républicaine, qui est franchement agaçant dans ce bouquin. Ce qui était sympathique voire carrément tordant dans la série des Malaussène ("la fée carabine", "au bonheur des ogres"…etc, que je vous recommande chaudement), devient pompeux dans cet ouvrage-là. Heureusement vers la fin Daniel Pennac redevient frondeur, fait une critique acerbe et juste de la société-telle-qu’elle-est, avec toujours cette note chaleureuse qui le rend si sympathique.

Donc, pas de quoi décerner un Renaudot (malgré toute l’affection que j’ai pour Daniel), mais il est vrai qu’on ne m’a pas demandé mon avis sur ce coup-là!! un conseil: lisez plutôt les Malaussène, vous passerez un vrai bon moment.

Navo
date de parution : Depuis Mars 2007

     une chronique de Poss publiée le 14 décembre 2007     

  Dans la droite lignée de l’Association (pour ne citer qu’eux et faire plein de jaloux) un certain Navo s’est mis depuis quelques mois à publier épisodiquement (tous les jours, 2 jours, 3 jours, 7 jours enfin bref pas à heures fixes quoi !) une espèce de bande dessinée expérimentale sur son blog.
     Le but de la manoeuvre est de publier un strip de 3 cases sans aucun dessin. Vous me ferez remarquer qu’à ce stade ce n’est peut-être plus de la bande dessinée mais plutôt de la littérature. Que nenni ! Non pas que ce cher Navo n’ait point de talent littéraire, mais plutôt parce qu’on est bien dans une ambiance qui de Mafalda à Snoopy en passant par Garfield, Lapinot ou les personnages de Garry Larson nous plonge dans un univers  de BD pure et dure. Elle a juste été visuellement épurée de certains de ces éléments : le décor et les héros qui, malgré cet artifice, sont bels et bien présents et le font savoir par tous les moyens possibles. Même les cases y vont de leur graine et se rebellent contre leur auteur.
     Le concept paraît donc inépuisable, et même s’il ne fait pas forcément mouche à chaque coup, son auteur plutôt fort productif ne manque pas d’imagination et tente donc tous les jours (2 jours, 3 jours…etc… cf. plus haut) de se renouveler (ex. le manga pas dessiné ) et d’apporter de l’eau à son propre moulin. Souvent drôle, voire même parfois philosophique, il serait dommage de ne pas s’abonner (gratuitement, ah magie du web !) à cette petite merveille de bonne humeur et d’inventions.

Anomyme XXIème siècle
(Ninguno / Nada)
date de parution : 2007

     une chronique de Tagubu publiée le 5 décembre 2007     

http://breviaire.blogspot.com/

Un p’tit blog pour le plaisir

    Quelques lignes de fraîcheur nostalgique intelligente.

Faire son petit bréviaire, ou abcdaire, autour de mots communs, bêtes et qui passent normalement inaperçus, sauf lorsqu’ils ont tapé les nombreux neurones actifs d’un quidam.

Ainsi, et ce n’est que le début, on apprend l’origine de l’expression « être charrette ». C’est bête, non ? Et parfaitement inutile, c’est ce qui fait son plaisir. L’on passe sur le mot « bille » avec son acceptation argotique des gens bien de ce monde, je veux parler des jeunes cadres dynamiques plein d’énergie et qui touchent leur bille en matière de réussite, même s‘ils sont souvent charrette. D’ailleurs ce bréviaire sur le net s’adresse aux man(a)gés, c’est-à-dire à toute la frange de la population qui subit les avancées de ce monde, mais subir, finalement, ce n’est pas si mal. Même si la bourse des man(a)gés est moins pleine que celles de ceux qui nous man(a)gent, nos nuits sont plus paisibles, nos cœurs plus chauds et nos âmes plus sereines.

Branchez-vous sur http://breviaire.blogspot.com

Bruno PRADELLE & Olivier THOMAS
(Emmanuel Proust Editions)
date de parution : tome 1 : Janvier 2005; tome 2 : Avril 2006

     une chronique de Perch publiée le 3 décembre 2007     

Bien l’bonsoir M’sieurs-Dames,

Si je m’en reviens vers vous en cette froide soirée de décembre (il n’y a pas à dire, ce n’est vraiment pas un mois à mettre un bédéphile dehors…), c’est avant tout pour vous parler d’un véritable coup de coeur dont je fus l’innocente (mais totalement consentante, rassurez vous…) victime il y a quelques temps de cela. La rédaction d’une chronique à ce sujet me tenait donc à coeur depuis longtemps.

Cependant, certaines mauvaises langues, également chroniqueuses à leurs heures ici bas, ayant récemment à peine insinué que les délais de rédaction de mes chroniques se mesuraient à l’échelle géologique, il est envisageable que le but caché de celle-ci soit de parer le jet de venin du crapaud …qui de toute façon n’atteint pas la blanche colombe ! Ceci étant dit (… et les individus se sentant concernés par les lignes précédentes sont priés d’aller se flageller avec des orties fraiches dans l’espoir que je leur accorde ,dans mon immense mansuétude, mon pardon), passons aux choses sérieuses, si tant est que la chose soit encore possible.

Pour la petite histoire, j’ai fait l’acquisition des deux premiers volumes de cette trilogie l’an dernier, à la sortie du second tome, et, comme d’habitude, c’est après avoir pris conseil auprès de mon vendeur BD préféré, que j’ai jeté mon dévolu sur les deux premiers volets de "Sans Pitié", un "thriller-polar" d’Olivier Thomas (dessin) et Bruno Pradelle (scénario), aux éditions Emmanuel Proust. Et comme d’habitude je n’ai pas été déçu… bon, certes, il faut-être amateur de polars, et, qui plus est, avoir la chance de connaître un vendeur BD qui sera versé dans ce genre…..

Petit scarabée perplexe qui lit ces quelques lignes en te demandant si oui ou non je vais finir par lâcher le morceau et entrer enfin dans le vif du sujet de cette foutue chronique, laisse moi d’abord te dire ceci : l’avis  d’un vendeur éclairé est au choix d’une bande dessinée ce que la notice de montage est au meuble IKEA : ce n’est pas indispensable, mais l’omission de l’un comme de l’autre peut dans de nombreux cas conduire à des regrets éternels….. quand ce n’est pas à des dépressions sévères ou des suicides (même si ces derniers cas, extrêmes, se rencontrent surtout pour les meubles IKEA, …. ou à la rigueur, lors de l’aquisition du dernier Astérix par le bédéphile inconscient.)

 Bon, où en étais-je ?… ah oui… : des flics pourris, des gros bonnets et des petits truands, un pauvre type paumé, plongé jusqu’au coup dans une histoire dans laquelle il ne maîtrise rien, le tout sur fond d’un Marseille aux fort accents de "French Connexion", …. mélangez le tout, prenez une grande inspiration, ouvrez la première page, ….et plongez vous dans cette BD digne des meilleures séries noires.

Le scénario est noir à souhait, et ne laisse aucun répit au lecteur : le rythme est soutenu, l’histoire très prenante. Bruno Pradelle semble s’en donner à coeur joie, en lançant pelle-même dans l’histoire de très nombreux personnages, chacun très travaillé, quelle que soit l’importance que le scénariste accorde à ces derniers dans le déroulement de son récit. Le résultat est garanti : une sorte de fouillis inextricable, qui semble avoir pour but d’embrouiller le lecteur et le plonger au coeur d’une l’intrigue accrocheuse, et de maintenir un suspense ma foi fort agréable.

Le dessin d’Olivier Thomas est excellent, sombre, bien détaillé, et colle parfaitement au scénario. Ceux qui connaissent Marseille se régaleront de redécouvrir la ville dans ses moindres détails (les deux auteurs connaissant manifestement très bien la citée phocéenne) : le travail graphique de ce point de vue est tout simplement remarquable ! Pas une fausse note, pas un impair,….. le réalisme avec lequel Olivier Thomas dessine la ville (notamment les scènes de nuit…) est saisissant, et ajoute un côté hyper réaliste à ce récit de haute facture.

Bref, la lecture de cette BD est un grand moment, celle-ci ayant  le mérite de sortir un peu l’amateur du cliché archi-revu d’une ville sous le soleil et les cigales, peuplée de grandes gueules, et de petits vieux amateurs de pastis, pour le faire passer dans le monde méconnu qui se cache derrière ce fabuleux décors, lui faire franchir les portes closes d’un univers bien peu fréquentable, mais dont on n’a aucune peine à imaginer l’existence. Vivement le troisième et dernier tome,…. dont je n’ai malheureusement aucune information quant à la date de sortie….. GASP!

Bonne lecture.

 

Jirô Taniguchi & Masayuki Kusumi
(Sakka)
date de parution : octobre 2005

     une chronique de Poss publiée le 16 novembre 2007     

   Il est à ma connaissance plutôt rare que le monde de la gastronomie et de la BD se croisent et s’interpénètrent au point de donner naissance à une oeuvre totale.
   C’est pourtant de cela dont il s’agit dans ce manga de 200 pages où M. Inogashira, importateur de son état (on n’en saura que peu de plus sur lui à ce sujet), déambule de Tôkyô à Ôsaka, de quartiers sympathiques en zone industrielles douteuses.
   Dix-huit chapitres à la découverte d’un homme et de ses irrésistibles envies culinaires surgissant aussi bien à 4h de l’après-midi après une négociation à rallonge comme à 2h du matin en plein milieu de la saisie d’un rapport.

   On y apprend ainsi beaucoup sur les us et coutumes gustatifs des habitants du pays.
   Les sushis-bar ont aussi leur happy-hour et il vaut mieux dans ces moments là commander du thon ôtoro directement au cuistot plutôt que de piocher dans le tapis roulant.
   Un "vrai repas" est ainsi un repas qui comprend du riz. Sans ce dernier, on va plutôt au bistrot manger des petites portions de nourriture comme au restaurant mais plus pour accompagner l’alcool qui va avec. Hélas pour notre héros qui n’en boit pas une goutte et se retrouve parfois dans des situations indélicates (pour un japonais).
  
   Mais le meilleur de l’album réside sans aucun doute dans les réflexions de notre cher M. Inogashira avant, pendant et après ses repas. On s’interroge ainsi sur pourquoi un bol d’anguille grillée ne se marie pas avec les algues nori des rochers. On reste curieux de savoir pourquoi le turbo cornu cuit dans sa coquille ressemble étrangement à du poulet d’un bol de riz oyako. On se met à imaginer d’avoir nous-mêmes le souvenir de savoir où dénicher ces fameux petits sandwiches au poulet dans Akihabara, la ville-électrique.

   Enfin, parmi toutes ces merveilles de la cuisine japonaise qui font saliver jusqu’à l’épuisement nos papilles au fil des pages, on se demande aussi ce qui peut soudainement pousser un tokyoïte (comme un new-yorkais ou un ardéchois) à aller mettre les pieds dans une gargotte que l’on imagine dégoulinante de graisse avec un patron à l’humeur exécrable pour manger… un steak haché aux herbes, frites, spaghetti au curry, carottes et oeuf à cheval… burps…

A dévorer sans modération !

Jean Christophe Ruffin
date de parution : 2004

     une chronique de clochette publiée le 13 novembre 2007     

A quoi ressemblera notre monde dans 50 ans si on continue comme ça….. Vous voulez vraiment avoir un aperçu???

"La sécurité c’est la liberté. La sécurité c’est la protection. La protection c’est la surveillance. LA SURVEILLANCE C’EST LA LIBERTÉ"… Voilà le slogan de Globalia… ça vous rappelle quelque chose?????

Ce roman d’anticipation est vraiment interpellant, parce qu’on se dit qu’il ne faudrait pas pousser beaucoup pour que notre monde se transforme en Globalia. Globalia, super pseudo-démocratie où tout le monde est heureux!! Oui, tout le monde peut vivre selon ses envies, travailler ou pas peu importe, acheter tout ce qui lui plaît, où il n’y a plus d’insécurité, où les gens ne vieillissent plus…. Ce n’est pas votre définition du bonheur???
Bon ok, les hommes sont parqués dans des zones sécurisées, l’hypocrisie est à son comble, l’individualisme est poussé à l’extrême et en même temps il faut se conformer à la règle… mais quelle importance??? Tout le monde est heureux non???
Globalia retrace l’histoire de Baïkal et Kate deux jeunes gens qui étouffent dans ce monde trop parfait et qui vont partir en quête de liberté. Une belle remise en perspective de notre société.

A lire absolument!!

Clochette

Patrick MODIANO
(Gallimard)
date de parution : 2007

     une chronique de Tagubu publiée le 11 novembre 2007     

  Chroniquer le dernier Modiano…


Je n’aurais jamais cru que je le ferai un jour. Et pourtant, en exclusivité pour Marmuz… Comment en suis-je venu là ? Une enfance classique, des parents aimants. Non je m’égare… J’ai simplement lu la 4ème de couverture et je suis tombé sur quelques commentaires anodins. Paris des années cinquante (période et lieu que j’adore). Suivre une jeune-femme au mystérieux nom de Louki, dans des cafés de Saint Germain. J’ai tout de suite vu des images, des ambiances et je me suis plongé dans le bouquin (après l’avoir acheté, mais chez un libraire indépendant, j’entends). Et je suis tombé sous le charme de cette Louki : jeune-femme insaisissable qui fréquente le Condé et qui rentre dans la bande de copains étudiano-écrivaillons. Modiano nous fais suivre cette Louki par l’intermédiaire de 4 personnages qui chacun indépendamment, nous livre comme dans un journal intime ce qu’il voyait en Louki. Et c’est une étrange impression que de rentrer dans l’intime fugace de quelques personnes sur quelques mois ou années autour d’un même thème. Un peu à la manière de certains romans de Kundera qui nous conte une même scène sous différents angles en faisant parler séparément les protagonistes de l’action. Le personnage de Louki est attachant, bien que jamais elle nous adresse la parole directement, car sa vie est simple et peu commune. Simple comme le style de Modiano : son enfance à Paris avec sa mère danseuse au Moulin rouge, ses fugues de jeunette, ses rencontres, son mariage loupé. Mais ces faits ne font que compacter le mystère de cette femme, et je me prends au jeu de lui donner les traits de Juliette Gréco débarquant à Paris, quasi autiste et ne parlant à personne et qui s’amuse à raconter que c’est le charisme de Boris Vian qui entre autre l’a aidée à communiquer avec les autres. Cette Louki, on a envie d’en faire son amie, tout en sachant par avance que le tragique n’est jamais loin.

Yannick Corboz et Wilfried Lupano
(Delcourt)
date de parution : juin 2007
écouter/voir : -1-

     une chronique de Perch publiée le 3 octobre 2007     

Salut les aminches,

C’est la fin de l’été (enfin je ne sais pas si tout le monde s’en rend compte tant ce dernier a été placé sous le signe des nuages, de la pluie, et des bottes en caoutchouc….. ). Bref : les feuilles commencent à jaunir, le gazouillis des passereaux a laissé la place au chant lugubre des corbeaux, le vent froid et humide s’engouffre à nouveau sous les pulls dont les couches commencent à se compter sur les doigts de la déesse Vishnou, et les nez se remettent à couler… pauvre de nous !… (enfin,…de vous surtout, parcequ’à Aix, il fait encore très beau, et T-shirt et maillots de bains sont encore de rigueur… donc, ça va très bien,…je vous remercie….). Donc, le temps pourri est de retour ! (comme je disais à l’instant dans un grand élan de solidarité avec les météorologiquement plus défavorisés que moi, élan certes contenu,…mais c’est surtout pour ne point froisser la susceptibilité de certains…). Comme à tout malheur quelque chose est bon (si, si, cherchez bien….), si la pluie et la grisaille peuvent avoir un bon côté, c’est entre autres celui de vous obliger à pousser la porte d’un libraire (bonne initiative) ….. BD (comme par hasard!) qui,  tout en vous permettant d’éviter de continuer à attraper les gouttes avec la tête et accessoirement d’offrir l’asile pour quelques temps au virus de la grippe, vous proposera sans nul doute de quoi occuper sainement vos longues soirées à venir au coin du feu, ou sous la couette (… j’ai dit "sainement",….. bande de petits dépravés !). Bon, je tourne et vire autour du pot depuis quelques lignes maintenant, mais c’est simplement pour introduire la suite de ma chronique concernant "Célestin Gobe la Lune", une BD bien sympathique dont il m’a été donné de croiser le chemin dans des circonstances assez similaires à celles décrites précédemment (sauf que, me concernant, c’était en Juin, et que, les platanes arrivant mal à arrêter les rayons brûlants du soleil, j’avais alors dû me réfugier chez mon libraire BD  pour ne pas risquer l’insolation….sans rancune ?!….).

"Celestin Gobe la Lune" (parce que c’est de ça qu’on parle, n’est-ce pas?) est une petite série en deux tomes (à priori…), dessinée par Yannick Corboz, scénarisée par Wilfrid Lupano (le scénariste de la série "Alim le Tanneur" notamment), et dont le premier tome, "l’amour a ses raisons…" est paru en juin 2007.

Au début, l’amateur critique et un peu trop dédaigneux des BD facilement accessibles au commun des mortels (le genre d’individu qui conchie n’importe quel oeuvre du moment qu’il n’est pas nécessaire de se vriller le cerveau pour l’apprécier…) verra dans les premières planches une histoire tout ce qu’il y a de plus classique : il est vrai que l’idée d’un jeune Don Juan complètement farfelu, d’origine modeste, (….mais persuadé du contraire!) qui cherche à (re)prendre sa place parmi les nantis par quelques épousailles avantageuses, le tout dans un décors XVIIème -XVIIIème siècle, aux forts accents de cape et d’épee, peut laisser une impression de déjà-vu. Mais celle-ci va très vite s’estomper, notamment parce que le rythme (qui se calque sur les tribulations sans fin du héros) imposé par le scénario ne laisse finalement pas la possibilité au lecteur de cogiter trop longtemps…  Quelques scènes, au cours desquelles le héros s’efface temporairement (pour laisser alors la place à des personnages secondaires qui  vont venir tour à tour enrichir la toile de fond…) ponctuent judicieusement le récit et permettent au lecteur de reprendre son souffle. Le lecteur aura plaisir à suivre cette histoire notamment de par l’humour et la poésie, étroitement imbriqués,  qui s’en dégagent.

Yannick Corboz vient achever le tableau en illustrant le tout par un dessin auquel le lecteur ne s’attendra pas forcemment, probablement un peu abusé par la couverture, qui joue ici pleinement son rôle, à savoir celui d’intéresser le bédéphile en quête de nouveautés. S’il est en effet des BD dont la couverture accroche l’oeil au premier regard, c’est souvent parceque le dessinateur utilise le stratagème facile qui consiste à en mettre plein la vue, à grand coup de créatures de rêve (généralement habillées par Marc Dorcel ou un grand couturier de la même école), ou de barbares hyper-bodybuildés, moulés dans des armures dont on ne perçoit pas tout de suite le côté seyant, combattant dragons et autres trolls (à mains nues s’il vous plaît!). Celle de "Celestin Gobe la Lune" est d’un tout autre style (cf. plus haut…), mais le résultat est garanti : on ne peut pas passer dans une librairie dans laquelle cette BD  est exposée sans y prêter attention. Si je dis ici que le lecteur pourra être abusé par la couverture, c’est essentiellement parce que, les premières pages tournées, le lecteur y découvre finalement un dessin un peu plus "rude" que ne le laisse supposer cette dernière. Mais cette petite déception s’estompe rapidement, et on se surprend même à vite prendre goût au trait un peu "nerveux", épais de Yannick Corboz, qui sert très bien le rendu des attitudes et expressions de ses différents personnages. La mise en couleur est également bien maîtrisée, et l’alternance de scènes aux couleurs chaudes (au fond des tavernes par exemple), et des celles ayant pour cadre la cité la nuit ( au demeurant très réussies), achèvent de plonger le lecteur dans l’ambiance.

Bref, cette BD est une jolie réussite, qui devrait en séduire plus d’un, de l’amateur éclairé au plus parfait néophyte. Un seul bémol, celui de laisser choir le lecteur au plus fort de l’action en attendant le prochain tome (mais bon, c’est de bonne guerre… ), …et une seule angoisse, celle de se demander si (…si c’est effectivement le cas…) la chute de l’histoire ne va pas être un peu bâclée si elle intervient à la fin du second tome, tant les possibilités offertes par le scénario du premier volume sont nombreuses et variées…. à voir.

Sur ce, cher ami lecteur, je te souhaite une bonne lecture.

Raymond Queneau
date de parution : 1957

     une chronique de Tagubu publiée le 20 août 2007     

Raymond Queneau (écrivain français 1903-1976) aurait dû vivre à notre époque, à celle des textos qui raccourcissent et simplifient l’écriture. Car dès 1937, le Raymond décrivait l’existence du néo-français, cette langue parlée qui est si différente de notre langue écrite. Exemple tout simple : les liaisons entre un mot pluriel qui se termine par une sifflante et les mots qui commencent par une voyelle : arbre, z-arbres, homme, z-hommes etc. Et plus poussé encore dans le langage populaire, des néologismes comme le verbe «zyeuter» qui provient du pluriel d’œil. Du point du vue syntaxique ensuite, le langage parlé structure la phrase de façon étonnante ; généralement on expose les objets donnant le contexte, puis après les actions : on écrit «l’homme a tué sa femme avec un couteau», on dit davantage «l’homme, sa femme, avec un couteau il l’a tuée». Ou «elle n’y a pas encore voyagé, ta cousine, en Afrique». Donc de conclure pour RQ «L’écart entre la langue écrite et la langue parlée est de plus en plus grand» «Nous écrivons une langue morte». En réalité, RQ avoue clairement (RQ est d’une humilité sans précédent) qu’il n’a fait que développer des idées lues auparavant chez un certain Vendryes. Il y aura un français littéraire qui s’opposera au français vulgaire. Un peu comme le Grec moderne «démotique» et le grec catharevousa qui tente de garder les règles du grec ancien (ou encore le chinois, l’arabe…). RQ de conclure «que le français moderne devrait enfin se dégager des conventions de l’écriture qui l’enserrent encore». Il propose d’ailleurs de «traduire» ou d’écrire des œuvres sérieuses comme un traité de mathématique en néofrançais. Ecrire en phonétique ? Mézalor ouvaton ? On perinpeu de notr identité ? Peut être, mais allumez vos téléphones portables et lisez vos SMS reçus. Etonnant de modernité, non ? Les insertions de RQ écrites en 1937 restent incomprises encore de nos jours «L’orthographe n’est que vanité» «Nos langues sont des langues populaires, vulgaires, parlées». Si le français a perdu de son expansion dans le monde, c’est sans doute dû en partie à sa grande difficulté. Les étrangers doivent apprendre deux langues : celle parlée qui se structure et se prononce très différemment de la langue écrite (utilisation par exemple du passé simple) et celle parlée avec toutes ces contractures. Et RQ va jusqu’à prédire que ces difficultés d‘apprentissage, même pour les petits français, peuvent créer un fossé entre les gens éduqués et non éduqués. Finalement, est-il si important de respecter l’orthographe et la grammaire ? Une langue parlée est une langue en évolution : doit-on brider cette évolution ? Perd-t-on vraiment le sens de nos communications en s’octroyant le droit de simplification ? «Ortograf, mon cul !» aurait pu s’indigner Zazie.

Dominique Goblet
(L'Association)
date de parution : 2007

     une chronique de Tagubu publiée le 20 août 2007     

Découverte au hasard, je ne connais rien de Dominique Goblet, si ce n’est cet album de dessins en bandes, ce graphisme rude et enfantin, ces noir-et-blanc crayonnés ou ces colorisations bistre proches d’une matière terrienne. Un album qui ressemble davantage dans sa forme à un journal joliment relié ou encore à un beau livre de prix d’école des générations précédentes, plutôt qu’à une bédé : de ces formes originales que l’Association sait personnaliser à chaque artiste et œuvre. Cet album est donc un journal, comme une poésie, qui se lit pas bribes, sur lequel on peut revenir s’imprégner d’impressions mélancoliques, voire nostalgiques.

On y découvre une jeune femme, jeune mère, au prise avec son passé. Comment faire des efforts pour revoir son père avec qui on ne s’entend plus afin que sa fille connaisse malgré tout ses racines ? Un père alcoolo qui refait sa vie avec une femme sèche et qui gronde la petite fille d’un « faire semblant c’est mentir » lorsque celle-ci lui montre un dessin d’un bonhomme inventé prétendant qu’il s’agit de sa copine aux cheveux longs. La mère se résigne alors et voit bien que le lien avec ce père et cette mégère ne se refera pas : les racines sont définitivement coupées. Alors se mêlent souvent les personnages de la petite fille et de la mère enfant. Superposition des vies… Puis une histoire d’amour, ou plutôt la recherche d’une histoire d’amour : mais rien est simple… Aux âges adultes, les amours brisées compliquent la construction de nouvelles amours. La vie glisse avec non pas ses malheurs mais ses manques de réussite, ses difficultés pour faire que ça tourne bien. Et dans ces cas là, les souvenirs d’enfance remontent : les joyeux comme les tragiques. Les après-midis ennuyeux remplis de « chais pas quoi faire » à quoi la mère répond patiemment « T’as qu’a faire un dessin » afin que la gamine reste calme et n’empêche pas le père de regarder la course automobile à la télé : mais la gamine insupportable est enfermée et attachée dans le grenier par sa mère excédée : sa tragédie se superpose à celle de la mort en direct de ce pilote brûlé dans l’incendie de sa voiture. Quelle tragédie est la plus importante ? La journalière ou l’extraordinaire ? C’est donc un voile quotidien qui emplit le cerveau de cette jeune femme et quête non pas du bonheur (elle ne demande pas l’impossible), mais d’une sérénité de vie. Voile qui défile dans ces pages par ces mystérieux fantômes grisées qui séparent les histoires, ou encore la belles planches picturales et telluriques de la fin du volume.

     une chronique de clochette publiée le 15 août 2007     

Savez-vous, pauvres mortels, que l’avenir de notre monde n’est pas entre vos mains (pourtant, il semblerait bien, que malgré tout, on arrive bien à pourrir la planète !!!)… Mais entre les mains des Anges et des Dragons… qui s’affrontent depuis la nuit des temps et pour l’éternité… (Amen !)

Vous ne le saviez pas???? Et bien, Moréa Doloniac, jeune humaine rousse aux allures de Pelisse (dans la quête de l’oiseau du temps) ne le savait pas non plus…. Cependant, elle va vite l’apprendre… En un rien de temps sa vie va basculer : de petite secrétaire dans une des multinationales les plus influentes du monde (on est en 2XXX) elle va prendre la tête de la dite multinationale (à la suite du décès d’un oncle lointain) et en même temps découvrir qu’elle fait partie des dragons.
Les-dits dragons sont donc de gentils immortels (et oui les anges sont les méchants dans cette BD, c’est une ruse de sioux !!!!) qui se battent à mort contre les anges pour éviter qu’ils transforment notre monde en enfer terrien. Le gros de l’histoire est là, mais au lieu de s’essouffler, l’intrigue s’étoffe au fil des tomes et ne se limite plus à la seule lutte ange/dragon. Bref, c’est une des meilleures séries de SF que j’ai lues depuis un moment.

Pour le moment la série compte 5 tomes :
    T1 Le sang des anges
    T2 L’échine du Dragon
    T3 Le feu du temps
    T4 Un parfum d’éternité
    T5 La brûlure des ténèbres


  Clochette

Tsugumi OHBA (Scénario) & Takeshi OBATA (Dessin)
(KANA)
site web : http://dn-fr.com

     une chronique de Tagubu publiée le 17 mai 2007     


Les faits et effets confondus.
C’est du Manga pour les vrais djeunes, et normalement, comme je suis un très faux djeune, je ne devrais pas lire ce truc. Mais il se trouve qu’étant père d’un vrai très-djeune de 15 ans, et que je suis de ces bobos qui se sentent investis de la nécessité d’un dialogue envers cette jeunesse perturbée et qui devra, on le sait depuis le 6 mai 2007, travailler dur pour gagner peu, il se trouve donc que : me voici entouré de vrais djeunes vêtus à la mort moi le nœud, dans un magasin spécialisé en mangas, de ceux qui s’enferment dans la lecture, les jeux vidéos et les séries animes ou pas, bref ça respire la santé et l’ouverture d’esprit, un monde où les filles restent probablement virtuelles dans leur vrai vie, me voici donc entouré de ces djeunes (des vrais) qui me font l’apologie de cette série hyper géniale déb. Et c’est vrai. Un bon thriller. Le thème est vachement original : le Bien et le Mal.

Mais vu du côté nippon, ce n’est pas mauvais : la frontière y est toujours très subtile. Rien à voir avec la tranche nette du Spider Man à la noix. L’histoire est : un djeune lycéen hyper bon (et beau) à l’école, trouve un cahier dans la rue. Il s’agit d’une liste de noms et ce lycéen découvre rapidement que c’est un cahier de la mort ! Un dieu de la mort qui s’ennuie ferme dans son olympe a égaré le dit cahier (moi je me dis qu’il a fait exprès pour éviter l’ennui de la mort). Tout humain qui trouve ce fameux death note peut l’utiliser suivant quelques règles que l’on découvre au fil du bouquin. [Au fait, je n’ai lu que le tome 1 et il doit y en avoir une bonne dizaine voire davantage, comme toute bonne série qui rapporte du fric…]. La règle la plus évidente est que pour faire mourir une personne, il suffit de copier son nom et de penser à son visage. « Ice Cube, I am the angel of death and your name is on my list » comme le chantait Ice Cube. Quelques secondes après, ladite personne meurt d’une crise cardiaque. Il y a plein de variantes, mais bon, restons brefs (trop tard). Le djeune en question est le seul à voir le dieu de la mort qui l’accompagne sans cesse pour se divertir. Ce djeune, il est comme tout les djeunes et il trouve le monde vraiment trop injuste : « Je vais faire le bien – qu’il se dit le beau djeune – en tuant tous les truands du monde ». Donc il en tue une bonne centaine. Cent gus qui tombent de crise cardiaque, ça fait louche. D’où enquête de police ! Et c’est là que ça chauffe, car les interpoles nippons font appel au mystérieux détective « L » dont personne ne connaît le visage. On voit tout de suite la trame du thriller : le djeune ne peut pas faire mourir « L » puisqu ‘il ne connaît pas son visage. « L » ne peut pas choper le djeune puisqu’il n’a pas découvert l’arme mystérieuse. D’autant que le djeune en question, c’est le fils du chef de la police !!!

Arhh ! Suspens ! Qui du bien ou du mal ou de ceux qui croient faire le bien mais qui font le mal va gagner ! J’ai mal ! Ca fait du bien de la mort…

Edward M. Gomez
(IconoFolio, collection Outsiders by Galerie Objet Trouvé)
date de parution : 2006

     une chronique de Tagubu publiée le 13 mai 2007     

Les faits. C’est de l’Art brut, c’est-à-dire réalisé par une personne qui ne se réclame d’aucune référence, voire qui n’a jamais appris les techniques d’expression plastique et dont le besoin de créer est indépendant d’un système marchand (tout au moins au début…). Hans Krüsi est de ceux là, un artiste Suisse qui a vécu entre 1920 et 1995 ayant très peu d’éducation (jardinier de formation, ayant quitté l’école vers l’âge de 10 ans). A 50 ans, alors qu’il vendait des fleurs sur les quais d’une gare, il commença à peindre des fleurs sur des petits formats style carte postale. Une dizaine d’années après, il fut pris en main par un galiériste et vécu une reconnaissance de la part du milieu artistique. Ses peintures sont caractérisées par le format (souvent petit), les supports cartonnés, et surtout ses couleurs. C’est une peinture narrative, qui représente des maisons, des chalets, la campagne, des troupeaux de vaches. Dans la lignées des naïfs mais avec de la folie et de l’extravagance, hors de toute école.

L’effet. C’est la naïveté et les couleurs variées et « terrestres » qui me fascinent. Des petites miniatures avec des bonhommes et des animaux, le monde paysan de « dans l’temps », des trognes qui pourraient correspondre aux petits visages qui nous échappent parfois lorsque nous griffonnons lors d’une conversation téléphonique ou lors de réunions où rien d’intéressant se passe. On est dans le domaine de l’accessible, du « non technique », ce qui nous rapproche de ce personnage au visage chaleureux. On pense que l’on pourrait faire comme lui, bien que son univers et sa cosmogonie lui soient propres. Mais c’est une démonstration que l’Art n’est pas affaire d‘éducation, mais simplement affaire d’idée, de volonté et de confiance en soi. La création, quoi.

Jean Christophe Ruffin
(Gallimard / Folio)
date de parution : 2001

     une chronique de clochette publiée le 8 mai 2007     

Rouge Brésil, c’est l’histoire de deux orphelins Juste et Colombe qui sont emmenés en 1555 sur un bâteau, direction le Brésil pour servir de "trûchement" (pour ceux qui comme moi, pauvre inculte, ne savent pas ce que cela veut dire: truchement du picard "truche" = interprète) avec les indiens.

L’histoire est un peu longue à démarrer, mais une fois le Brésil atteint tout se met en place. Ce livre vous transporte dans la forêt brésilienne avant la conquête de ce pays par les européens, et vous fait aimer cette terre que vous n’avez jamais (enfin pour ma part) vue. Vous fait ressentir la beauté et la force de la nature, c’est tout juste si vous n’entendez pas les bruits de la jungle. Même si pour ma part je n’ai pas du tout adhéré au côté un peu fleur bleue des histoires d’amour (pourtant je renvendique moncôté midinette), Rouge Brésil est un trés beau livre, qui nous fait découvrir une part méconnue de la conquête du Brésil: la tentative française de dompter ce magnifique pays.

Perso, je vais de ce pas me mettre en quête d’un billet d’avion (ça ira plus vite que le bateau) pour Rio, Bahia, Sao Paulo… et on en reparle!!
 

Clochette

 

Régis Hautière (scénario) / David François (dessin, couleur)
(Editions Paquet)
date de parution : Mai 2006
site web : http://paquet.li
écouter/voir : -1-

     une chronique de Perch publiée le 6 mai 2007     

Dans la série « petites découvertes, mais grandes BD », ma chronique d’aujourd’hui concerne un petit bijou que m’a conseillé, il y a environ un an, Yves, vendeur à la l’ex-« Bulle Noire » (englobée depuis par la chaîne « Album ») à Aix en Provence.

Je flânais alors dans les rayons, ne sachant pas vraiment quoi prendre, rien ne me faisant alors vraiment envie parmi les rares nouveautés exposées dans le magasin. Ne sachant pas non plus si j’avais acquis le dernier tome de telle ou telle série que j’avais commencée il y a longtemps, j’errais là, lamentablement, angoissé à l’idée de repartir bredouille….

Mon naturel « casse-burne » prenant irrésistiblement l’ascendant sur  mon tourment, je ne pus m’empêcher d’aller un peu déranger Yves dans son travail quotidien (qui consiste essentiellement à faire semblant de ne pas dormir au milieu de la librairie, et de prendre un air très concerné quand un Petit Nicolas, un Sylvain, une Sylvette, ou un Benoît Brisefer vient le harceler dans son sommeil pour qu’il lui sorte le dernier « Dragon Ball Z » !… franchement, il n’y a plus de jeunesse !…Passons…)…afin de lui soumettre mes angoisses, et lui demander conseil sur ses derniers coups de cœur : Après le réveil brutal de l’intéressé, celui-ci, visiblement préprogrammé pour répondre à ma question, saisit un petit format avec une couverture souple, et me le tendit fébrilement en me tenant ce discours : « Ca !….si tu aimes les polards, …ça c’est génial ! »… Puis, après un bref discours argumentant cette exclamation, il me laissa l’ouvrage entre les mains, et s’en fut trouver un endroit plus tranquille au fond du magasin où il pourrait terminer sa sieste sans être dérangé jusqu’à la fermeture (je théâtralise un peu, d’accord, mais bon, cher ami lecteur,…ce n’est qu’un stratagème malhabile pour te retenir devant cette chronique… d’ailleurs, si tu es arrivé à ces lignes, c’est que ça fonctionne !).

Entrons dans le vif du sujet : « L’étrange affaire des corps sans vie », aux éditions Paquet, de Régis Hautière (scénario) et David François (dessin), est un petit délice, que dis-je,… une véritable « sucrerie » du 9ème art ! Ca ressemble un peu à un premier coup d’essai (sans en être vraiment un, le scénariste ayant déjà au moins 7 ouvrages à son actif !) de par la fraîcheur qu’il s’en dégage, et beaucoup à un véritable coup de maître : les 160 planches (qui composent cette histoire en un seul tome !…c’est suffisamment rare pour être souligné !)  se laissent dévorer les unes après les autres, portées par un scénario digne d’un bon Sherlock Holmes (un sombre petit préambule de 3 pages, ponctué par un court extrait de Conan Doyle, vous plongeant dans l’ambiance dès le début) : vous arriverez à la fin repus, sans être pour autant ballonné, comme après un bon repas (l’histoire en elle-même…) arrosé d’un excellent Bourgogne (le dessin… ou inversement selon l’importance que vous attachez d’habitude à l’un ou à l’autre !).

Le dessin,… parlons-en… : Génial !… le trait, nerveux, épais (on dirait que le dessinateur utilise un petit bout de charbon), et presque caricatural, contraste avec les couleurs tantôt sombres, tantôt claires, mais toujours dans les tons pastels (soit-dit en passant, les couleurs ont l’air d’avoir été réalisées par ordinateur, mais David François s’en sort magistralement, et cela ne se ressent pas du tout au long de la BD !): bref, le « rythme » du dessin suit parfaitement celui du scénario, à tel point que, si le graphisme peut d’abord dérouter les amateurs de BD « classiques » et les néophytes, on referme la couverture en n’imaginant pas une seconde qu’un autre dessinateur aurait fait l’affaire….

Voilà,… je ne sais pas si les deux auteurs envisagent une nouvelle collaboration, mais après la lecture de ce petit chef-d’œuvre, on ne peut raisonnablement que l’espérer !…. Ces quelques lignes vous paraîtront peut-être par trop dithyrambiques, mais bon, quand on aime…on ne compte pas…. Harcelez vos libraires BD pour vous le procurer (ce genre de BD n’est malheureusement généralement pas édité très grande quantité, et si réédition il y a, il y a peu de chance qu’elle le soit sous ce petit format souple, simili « poche », qui ne fait qu’ajouter au charme de cette BD bien peu ordinaire !……

Bonne lecture !

 

Enki Bilal
(Casterman / Casterman)
date de parution : Mars 2007

     une chronique de clochette publiée le 24 avril 2007     

Bon…… ça me désole de faire encore la nostalgique, genre c’était mieux avant!!

Mais franchement "quatre" le dernier et quatrième (??!!!) tome de la tétralogie du "Sommeil du monstre" n’est pas le meilleur album de Bilal.. loins de là.
Le dessin est toujours aussi beau, mais à force de compléxifier le scénario Bilal perd son lecteur..
en même temps, ça fait un peu la même impression qu’un film de David Lynch, pour lequel la sensation de ne pas avoir tout compris est balayée par la beauté des images.. …. Donc passe encore qu’on soit un peu (beaucoup!!!) perdu.. (Même si le scénario des deux premier tomes était trés prometteur)..
Mais la page d’explication finale…. vaut la fin de Bételgeuse pour les amateurs de Léo… en clair une explication d’une originalité navrante dont on aurait préféré se passer.
Et pourtant, c’est une fan de Bilal qui vous parle!

Clochette

Ruwen Ogien
(Bayard « Le temps d’une question »)
date de parution : 2002

     une chronique de Tagubu publiée le 24 avril 2007     

Les faits : C’est un petit livre de philosophie, une fois n’est pas coutume. Ecrit par un philosophe dont on peut comprendre le propos, du moins le vocabulaire qui est courant est non ampoulée. C’est déjà pas mal. Et ça cause d’un truc assez important : la honte. Car la honte peut aboutir à des actes violents dont le suicide ou l’homicide contre autrui. Cette étude simple qui permet de faire la part des choses entre « honte », « culpabilité » et autres sentiments négatifs ou positifs.

L’effet : Ca ne donne pas trop mal à la tête (ce n’est pas du Satanstornade de Poss…). Ca fait réfléchir. Par exemple, ce livre écrit en 2002 est plongé dans la honte du « Le Pen au 2nd tour ». Mais pourquoi avons-nous honte ? Sommes-nous responsables ? Est-ce le regard des autres (en l’occurrence ici les habitants des pays voisins) qui provoque notre sentiment de honte ? Sommes nous coupables ? Mais la culpabilité serait plutôt tournée vers soi : le regard que je porte sur moi. Voilà quelques idées que j’ai retenues, car pour ce type d’ouvrages, malgré la clarté du propos, mes yeux se ferment parfois et mes neurones peu plastiques accumulent de moins en moins d’informations nouvelles… Bonne nuit (non je n’ai pas honte d’aller me coucher maintenant).

François Ayroles
(L'Association, Collection Mimolette)
date de parution : 2006

     une chronique de Tagubu publiée le 9 avril 2007     

Les faits. Un petit recueil de quelques pages (non numérotées). Une page, une petite histoire. Et le tout sans parole, donc universel ! Pourtant les personnages ne sont pas muets. Ils pensent (d’où le titre) et s’expriment. Mais les phylactères ne contiennent que des symboles. Et ces symboles sont en gros au nombre de trois (un boc de bière, une cigarette, un cœur), et deux modalités ; barré ou non. Donc on peut distinguer les personnages qui veulent ou non une bière, une cigarette ou qui désire un homme/une femme. Et c’est l’histoire commune de la vie qui défile : un homme veut une bière : il en boit une. Puis il veut une cigarette : il s’en grille une. Puis il voudrait l’amour : c’est plus compliqué… Alors il continue à boire et à fumer sans que rien ne se passe. Et ceci est décliné avec homme, femme, groupe d’amis, etc.
 L’effet : Encore des petits riens de la vie mais qui font tout du quotidien. Qui n’a jamais ressenti la solitude un dimanche après midi ensoleillé, à la terrasse de café, pris dans ses petits désirs (une clope, un demi, une relation) sans que le miracle ne s’accomplisse ? Ces rencontres amoureuses souhaitées en silence par deux partenaires, mais qui ne se font pas par timidité ou bêtise… C’est ce que F. Ayroles dépeint, en s’imposant une contrainte formelle qui l’oblige à dépasser la simple description des situations banales. C’est de l’Oubapo (ouvroir de bande dessinée potentielle) comme Raymond Queneau faisait de l’Oulipo (ouvroir de littérature potentielle) avec ses Exercices de Style. Petit recueil qui se lit a priori vite mais sur le quel on revient plusieurs fois tant les détails qui échappent à la première lecture.

Lewis Trondheim
(Delcourt, collection Shampooing)
date de parution : 2006

     une chronique de Tagubu publiée le 10 mars 2007     

Les faits. Lewis Trondheim, y fait des BD, il est membre de l’Association, éditeur indépendant à succès. Lewis a aussi présidé un des festivals d’Angoulème. Et ce petit recueil est une sorte de journal : une page, une historiette en quelques cases, joliment coloriées. Les personnages ont des têtes d’animaux : cacatoès pour Lewis, jabiru pour sa femme, et autres pioupious pour ses enfants. Car ça se passe dans sa vie, au Lewis. Une sorte de journal en BD, blog unplugged. Pas de numéro de page, comme pour démontrer que la linéarité n’existe pas, que dans le quotidien de nos vies, il n’y a ni « avant » ni « après », mais que des « pendant ».

L’effet. C’est un monde très attachant. Lewis T. se livre comme dans un journal, qui pourrait être intime, sans tomber dans le pathos et l’abjecte confession. Des petits riens, comme l’indique le titre, mais qui font momentanément tout. Du quotidien passager qui ne perturbe pas la vraie vie : des histoires de jardinage (rien de ce qu’il plante ne pousse), de chats (en prendre 2, comme ça si il y en a un qui meurt… « Comme les enfants ? » se demande Lewis), des grandes idées que l’on a au moment de s’endormir et qui se révèlent nulles au matin. Et c’est quoi alors « La Malédiction du Parapluie » ? L’un des rares cas de ce recueil où un fait est raconté en plusieurs pages, comme des chapitres. Chapitre 1 : LT en voyage : il trouve un coupe-ongles alors qu’une vilaine peau le gène, il mise une pièce dans une machine à sous et en gagne vingt autres, il se met à pleuvoir et il trouve un parapluie. C’est louche cette accumulation de chance : il a peur de payer ça un jour. Chapitre 2 : le lendemain pour conjurer le sort, alors qu’il fait beau, il replace le parapluie là où il l’avait trouvé la veille (et se trouve débile). Chapitre 3 : deux heures après, sa femme l’appelle pour lui annoncer qu’elle a eu un accident de voiture. Le lendemain à l’aéroport : il fait tomber par terre le dernier bout de sa barre chocolatée qu’il est en train de manger : la malédiction du parapluie ne fait-elle que commencer ? Afin d’en savoir plus…

Olivier Pont et Georges Abolin
(Dargaud / Dargaud)
date de parution : 2004

     une chronique de clochette publiée le 7 mars 2007     

Une famille anglaise qui fait ses valises et quitte la grisaille londonienne pour la chaleur d’un village italien (on les comprend en même temps!). Quatre enfants nés le même jour se retrouvent dans ce petit village italien. On comprend vite qu’ils sont liés, mais par quoi? A vous de le découvrir en lisant "là où le regard ne porte pas". Le dessin est trés doux, l’histoire prenante et poétique aux doux parfums du Sud.

 

CLOchette

Christophe Arleston et Adrien Floch
(Soleil / Soleil)
site web : http://ythaq.com

     une chronique de clochette publiée le 7 mars 2007     

Le nouveau scénario de Christophe Arleston, le créateur du monde de Troy. Un vaisseau luxueux de croisière intergalactique fait naufrage sur une mystérieuse planète inconnue : Ythaq. Les survivants vont devoir faire face à ce nouveau monde… qui recèle renferme plus de mystères que ce qu’il ne laisse paraître. Les amateurs de Lanfeust, Troll et autres habitants de Troy ne seront pas trop dépaysés. Les univers d’Ythaq et de Troy sont assez proches et on y retrouve le rôle important de la magie. Malgré un léger air de déjà vu… les naufragés d’Ytahq est une bonne série de fantasy. Clochette

Bourgeon
(Vent d'Ouest / Vent d'Ouest)
date de parution : 2007

     une chronique de clochette publiée le 7 mars 2007     

Les couleurs de Marcade est le quatrième tome du cycle de Cyann. Comme dans les tomes précédents (T1 et T2 chez Casterman et T3 et T4 chez Vent d’Ouest) on suit les aventures de Cyann princesse de la planète Ohl partie à la découverte de l’univers. Alors ok, le cycle de Cyann ça n’a jamais été une BD trés simple. Ok, les deux premiers tomes (la source et la sonde; et Six saisons sur Ilo) ne sont pas des modèles de simplicité en terme de scénario. Ok plusieurs lectures sont nécessaires (plus un tome bonus d’explications) afin de comprendre toutes les arcannes de cette série. Mais le cycle de Cyann était une série passionante dont la richesse était remarquable. Mais depuis le passage chez vent d’Ouest ce n’est plus vraiment ça.. Ce qui s’annonçait avec le tome 3 "Aïeïa d’Aldaal" se confirme malheureusement avec le tome 4. : pauvreté du scénario noyée dans des complexités bidons (l’utilisation des couleurs par la civilisation de Marcade). Je sais qu’on évite les chroniques négatives sur Marmuz..sauf en cas de gros coup de gueule.. et quand on voit ce que Bourgeon a fait de cette série :-( … Il vaut mieux en rester au deux premiers tomes qui sont absolument géniaux! Clochette