avec Will Smith, Alice Braga, Charlie Tahan
(réalisé par Francis Lawrence / distribué par Warner Bros)
date de parution : 19 décembre 2007

     une chronique de fleur publiée le 31 dĂ©cembre 2007     

Toujours dans le droit fil des critiques préventives, c’est-à-dire des critiques qui vous éviteront de dépenser vos sous et votre temps pour rien, voici mes commentaires sur le film "Je suis une légende", avec Will Smith. Certes, il s’agit d’un film qui détone un peu dans le paysage très culturel de Marmuz, mais bon, parfois même les grands intellectuels éprouvent le besoin de se laver la cervelle. Si c’est votre cas, suivez mon conseil: n’allez pas voir ce film-là.

Il s’agit de l’histoire terrifiante du dernier des humains, qui survit seul avec son chien depuis 5 ans dans un New York vide, et qui est sans cesse menacé d’être dévoré par les quelques zombies rescapés de l’épidémie virale qui a décimé l’humanité. Ces zombies sont en fait des humains infectés par le virus, mais qui ont survécu au prix d’une transformation en monstres albinos, extrêmement agressifs et très voraces, qui sortent la nuit en quête de nourriture, et ont perdu tout ce qui faisait d’eux des hommes (émotions, langage, socialisation, pensée, conscience de soi, sentiments).

Ce qui était drôle dans "Le retour des morts-vivants", ou dans "Evil dead" devient ici sinistre, dépressogène, et donc effrayant dans le mauvais sens du terme: on ne s’amuse pas à se faire peur dans "Je suis une légende". Il ne s’agit pas non plus d’une histoire de vampires classieux avec qui l’ont peut entretenir de simili relations avant de se faire trucider (voir "Le Bal des Vampires", "Entretien avec un vampire", "Nosferatu", ou même "Buffy contre les vampires"!). Non, on atteint carrément et en toute simplicité le fond du désespoir: solitude à mourir et peurs archaïques. En compagnie de Will Smith, ex-Prince de Bel-Air, c’est un comble!

Ajoutons à cela un rythme catastrophique: des longueurs, des longueurs… de la description sans introspection (ce qui aurait pu sauver le film, ç’aurait été de questionner les aspects psychologiques de la situation tragique du héros… mais non). Et puis, brutalement, de l’action, mal filmée, mal rythmée, trop rapide, avec une mauvaise gestion du suspense (ce qui aurait pu sauver le film, ç’aurait été une action continue genre "Terminator"…  mais non). Le film se termine, après avoir interminablement traîné, en queue de poisson, c’est-à-dire très brutalement, sans aucune inventivité narrative et aucun sens de la chute.

N’oublions pas le côté vaguement prosélytique niais du film (prières avant de se séparer des siens, intuitions mystiques, voix du seigneur qui vous parle, chapelle abritant des rescapés), et nous avons ce que nous redoutions: UN BEAU NAVET AMERICAIN!

Marisha Pessl
(Gallimard)
date de parution : 30 août 2007

     une chronique de fleur publiée le 31 dĂ©cembre 2007     

On réfléchit toujours avant de s’offir un livre "qualité"; c’est-à-dire pas un livre de poche. C’est donc après avoir lu deux critiques dityrambiques sur "La physique des catastrophes", de Marisha Pessl (Gallimard), que j’ai décidé d’investir une vingtaine d’euros dans cet ouvrage. Je pensais, critiques à l’appui, que ce livre me distrairait avec l’élégance qui habituellement manque aux polars (dont je suis fan). J’écris donc cette critique pour vous prévenir, amis marmuziens…contre les critiques littéraires! en effet, alors que l’auteure était décrite comme la "nouvelle star US de la littérature" (sic), j’ai découvert une écriture certes agréable mais immature et surtout, surtout, une très pénible habitude de "name dropping". En substance Marisha Pessl a la coquetterie de faire des citations toutes les deux phrases, ce qui rend son ouvrage affecté pour ne pas dire snob, et carrément insupportable à lire (imaginez une intrigue dont le cours est sans cesse interrompu par des disgressions culturelles qui ne lui apportent pas grand-chose). Je m’interroge à ce sujet: est-ce pour faire djeuns? Est-ce pour montrer toutes l’étendue de sa culture Côte Est? est-ce supposé être drôle? C’est dommage car l’histoire n’est pas mal, le style non plus, et les personnages originaux et colorés (quoique l’héroïne, pour être rigolote, est peu crédible).

En bref, selon moi, il s’agit d’un bouquin qui aurait pu être pas mal, et qui est plombé par des coquetteries stylistiques. Pas de quoi le payer une vingtaine d’euros en somme, et autant attendre qu’il sorte en poche pour le lire dans le train!

Une horrible conclusion s’impose donc à moi: Télérama s’est planté, et les critiques peuvent être de mauvais conseil! (il était temps, à trente ans, que je m’en rende compte!). Tout fout le camp…heureusement il y a Marmuz!

Daniel Pennac
(Gallimard)
date de parution : 2007

     une chronique de fleur publiée le 31 dĂ©cembre 2007     

Décidément cet hiver je commets des impairs littéraires… Comme d’habitude, j’achète le Prix Renaudot, qui, comme tout le monde le sait, n’est pas décerné par des commerçants (voir Prix Goncourt), mais par des critiques. Toujours aveugle, je fais confiance à ces derniers qui décrivent un ouvrage sympathique, intéressant, touchant, et j’en passe. Je m’interroge juste sur le fait que l’auteur de "Chagrin d’école", Daniel Pennac, soit le récipiendaire de ce prix, vu qu’il est déjà archi-célèbre.

En bref, la première partie du livre, qui traite de l’enfance de l’auteur, est effectivement touchante, plaisante, et comme d’habitude chez Daniel Pennac écrite avec humour, bonhomie, fluidité. Les choses se corsent dans la deuxième partie, où en gros Daniel Pennac nous démontre quel extraordinaire professeur il est devenu. J’ai eu le sentiment de recevoir une "leçon d’éducation nationale", bien superflue vu que je ne projette pas d’entrer prochainement à l’IUFM. Il y a un côté paternaliste, bonhomme, et autocongratulant sous couvert de modestie républicaine, qui est franchement agaçant dans ce bouquin. Ce qui était sympathique voire carrément tordant dans la série des Malaussène ("la fée carabine", "au bonheur des ogres"…etc, que je vous recommande chaudement), devient pompeux dans cet ouvrage-là. Heureusement vers la fin Daniel Pennac redevient frondeur, fait une critique acerbe et juste de la société-telle-qu’elle-est, avec toujours cette note chaleureuse qui le rend si sympathique.

Donc, pas de quoi décerner un Renaudot (malgré toute l’affection que j’ai pour Daniel), mais il est vrai qu’on ne m’a pas demandé mon avis sur ce coup-là!! un conseil: lisez plutôt les Malaussène, vous passerez un vrai bon moment.

Prinzhorn Dance School
(DFA Records)
date de parution : 2007

     une chronique de Poss publiée le 15 dĂ©cembre 2007     

     Il est des moments où le minimal est de mise, où il est indispensable, où il se doit de refléter l’intensité de la vie de la société.
     Il est de ces moments où Tobin et Suzi ont su prendre le parti de dire toute leur révolte, toute leur haine mais aussi toute leur appréciation – à leur façon – de la société d’aujourd’hui. Sans fioritures, sans besoins d’artifices et de circonvolutions harmoniques. Juste avec trois bouts de notes de basses, un demi-riff de guitare et quelques motifs rythmiques simples mais diablement efficaces.
     Juste pour essayer de savoir à quel point chacun connait son voisin (son frère ? son Butcher ?). Juste pour essayer de savoir à quel point chacun est prêt à parler avec le voisin, l’étranger (Don’t talk to strangers). Juste pour essayer de comprendre à quel point le monde actuel nous dévore et nous respire au point que l’on ne puisse plus respirer (You are the space invader). Juste pour essayer de comprendre comment chacun ne fait plus que vivre et dormir et vivre et dormir et… (Eat, sleep).
     Et juste pour voir comment tout ce modernisme arrive à nous endormir, à nous enficher, au point d’oublier les vacances, le repos, le besoin de calme et de quiétude dont chacun a besoin mais dont chacun est prié d’oublier l’existence puisque la société demande effort, conscience et disponibilité permanente… jusqu’à l’homme qui est dans son jardin (spaceman in your garden) et à qui l’on demande d’aller jusqu’à Saturne (pour le bien-être de l’humanité ?) sans avoir le temps de faire ses bagages, ou de dire adieu à sa famille…

Vivement que les Prinzhorn passent en concert en France pour éveiller les consciences.

Navo
date de parution : Depuis Mars 2007

     une chronique de Poss publiée le 14 dĂ©cembre 2007     

  Dans la droite lignée de l’Association (pour ne citer qu’eux et faire plein de jaloux) un certain Navo s’est mis depuis quelques mois à publier épisodiquement (tous les jours, 2 jours, 3 jours, 7 jours enfin bref pas à heures fixes quoi !) une espèce de bande dessinée expérimentale sur son blog.
     Le but de la manoeuvre est de publier un strip de 3 cases sans aucun dessin. Vous me ferez remarquer qu’à ce stade ce n’est peut-être plus de la bande dessinée mais plutôt de la littérature. Que nenni ! Non pas que ce cher Navo n’ait point de talent littéraire, mais plutôt parce qu’on est bien dans une ambiance qui de Mafalda à Snoopy en passant par Garfield, Lapinot ou les personnages de Garry Larson nous plonge dans un univers  de BD pure et dure. Elle a juste été visuellement épurée de certains de ces éléments : le décor et les héros qui, malgré cet artifice, sont bels et bien présents et le font savoir par tous les moyens possibles. Même les cases y vont de leur graine et se rebellent contre leur auteur.
     Le concept paraît donc inépuisable, et même s’il ne fait pas forcément mouche à chaque coup, son auteur plutôt fort productif ne manque pas d’imagination et tente donc tous les jours (2 jours, 3 jours…etc… cf. plus haut) de se renouveler (ex. le manga pas dessiné ) et d’apporter de l’eau à son propre moulin. Souvent drôle, voire même parfois philosophique, il serait dommage de ne pas s’abonner (gratuitement, ah magie du web !) à cette petite merveille de bonne humeur et d’inventions.

Anomyme XXIème siècle
(Ninguno / Nada)
date de parution : 2007

     une chronique de Tagubu publiée le 5 dĂ©cembre 2007     

http://breviaire.blogspot.com/

Un p’tit blog pour le plaisir

    Quelques lignes de fraîcheur nostalgique intelligente.

Faire son petit bréviaire, ou abcdaire, autour de mots communs, bêtes et qui passent normalement inaperçus, sauf lorsqu’ils ont tapé les nombreux neurones actifs d’un quidam.

Ainsi, et ce n’est que le début, on apprend l’origine de l’expression « être charrette ». C’est bête, non ? Et parfaitement inutile, c’est ce qui fait son plaisir. L’on passe sur le mot « bille » avec son acceptation argotique des gens bien de ce monde, je veux parler des jeunes cadres dynamiques plein d’énergie et qui touchent leur bille en matière de réussite, même s‘ils sont souvent charrette. D’ailleurs ce bréviaire sur le net s’adresse aux man(a)gés, c’est-à-dire à toute la frange de la population qui subit les avancées de ce monde, mais subir, finalement, ce n’est pas si mal. Même si la bourse des man(a)gés est moins pleine que celles de ceux qui nous man(a)gent, nos nuits sont plus paisibles, nos cœurs plus chauds et nos âmes plus sereines.

Branchez-vous sur http://breviaire.blogspot.com

Bruno PRADELLE & Olivier THOMAS
(Emmanuel Proust Editions)
date de parution : tome 1 : Janvier 2005; tome 2 : Avril 2006

     une chronique de Perch publiée le 3 dĂ©cembre 2007     

Bien l’bonsoir M’sieurs-Dames,

Si je m’en reviens vers vous en cette froide soirée de décembre (il n’y a pas à dire, ce n’est vraiment pas un mois à mettre un bédéphile dehors…), c’est avant tout pour vous parler d’un véritable coup de coeur dont je fus l’innocente (mais totalement consentante, rassurez vous…) victime il y a quelques temps de cela. La rédaction d’une chronique à ce sujet me tenait donc à coeur depuis longtemps.

Cependant, certaines mauvaises langues, également chroniqueuses à leurs heures ici bas, ayant récemment à peine insinué que les délais de rédaction de mes chroniques se mesuraient à l’échelle géologique, il est envisageable que le but caché de celle-ci soit de parer le jet de venin du crapaud …qui de toute façon n’atteint pas la blanche colombe ! Ceci étant dit (… et les individus se sentant concernés par les lignes précédentes sont priés d’aller se flageller avec des orties fraiches dans l’espoir que je leur accorde ,dans mon immense mansuétude, mon pardon), passons aux choses sérieuses, si tant est que la chose soit encore possible.

Pour la petite histoire, j’ai fait l’acquisition des deux premiers volumes de cette trilogie l’an dernier, à la sortie du second tome, et, comme d’habitude, c’est après avoir pris conseil auprès de mon vendeur BD préféré, que j’ai jeté mon dévolu sur les deux premiers volets de "Sans Pitié", un "thriller-polar" d’Olivier Thomas (dessin) et Bruno Pradelle (scénario), aux éditions Emmanuel Proust. Et comme d’habitude je n’ai pas été déçu… bon, certes, il faut-être amateur de polars, et, qui plus est, avoir la chance de connaître un vendeur BD qui sera versé dans ce genre…..

Petit scarabée perplexe qui lit ces quelques lignes en te demandant si oui ou non je vais finir par lâcher le morceau et entrer enfin dans le vif du sujet de cette foutue chronique, laisse moi d’abord te dire ceci : l’avis  d’un vendeur éclairé est au choix d’une bande dessinée ce que la notice de montage est au meuble IKEA : ce n’est pas indispensable, mais l’omission de l’un comme de l’autre peut dans de nombreux cas conduire à des regrets éternels….. quand ce n’est pas à des dépressions sévères ou des suicides (même si ces derniers cas, extrêmes, se rencontrent surtout pour les meubles IKEA, …. ou à la rigueur, lors de l’aquisition du dernier Astérix par le bédéphile inconscient.)

 Bon, où en étais-je ?… ah oui… : des flics pourris, des gros bonnets et des petits truands, un pauvre type paumé, plongé jusqu’au coup dans une histoire dans laquelle il ne maîtrise rien, le tout sur fond d’un Marseille aux fort accents de "French Connexion", …. mélangez le tout, prenez une grande inspiration, ouvrez la première page, ….et plongez vous dans cette BD digne des meilleures séries noires.

Le scénario est noir à souhait, et ne laisse aucun répit au lecteur : le rythme est soutenu, l’histoire très prenante. Bruno Pradelle semble s’en donner à coeur joie, en lançant pelle-même dans l’histoire de très nombreux personnages, chacun très travaillé, quelle que soit l’importance que le scénariste accorde à ces derniers dans le déroulement de son récit. Le résultat est garanti : une sorte de fouillis inextricable, qui semble avoir pour but d’embrouiller le lecteur et le plonger au coeur d’une l’intrigue accrocheuse, et de maintenir un suspense ma foi fort agréable.

Le dessin d’Olivier Thomas est excellent, sombre, bien détaillé, et colle parfaitement au scénario. Ceux qui connaissent Marseille se régaleront de redécouvrir la ville dans ses moindres détails (les deux auteurs connaissant manifestement très bien la citée phocéenne) : le travail graphique de ce point de vue est tout simplement remarquable ! Pas une fausse note, pas un impair,….. le réalisme avec lequel Olivier Thomas dessine la ville (notamment les scènes de nuit…) est saisissant, et ajoute un côté hyper réaliste à ce récit de haute facture.

Bref, la lecture de cette BD est un grand moment, celle-ci ayant  le mérite de sortir un peu l’amateur du cliché archi-revu d’une ville sous le soleil et les cigales, peuplée de grandes gueules, et de petits vieux amateurs de pastis, pour le faire passer dans le monde méconnu qui se cache derrière ce fabuleux décors, lui faire franchir les portes closes d’un univers bien peu fréquentable, mais dont on n’a aucune peine à imaginer l’existence. Vivement le troisième et dernier tome,…. dont je n’ai malheureusement aucune information quant à la date de sortie….. GASP!

Bonne lecture.