Jean-Hugues Oppel
(Payot / Rivages Noir)

     une chronique de Poss publiée le 14 octobre 2008     

French Tabloïds

     Prenez un Président français en déroute peu de temps avant les élections, saupoudrez d’un zeste de Renseignements Généraux, ajoutez un trio de manipulateurs d’opinions, incorporez doucement un maniaque de la gachette qui ne rêve que de faire le carton du siècle, émulsionnez avec un lieutenant de police un poil fouineur et instinctif, faites chauffer pendant quelques mois par un peuple accroché aux sondages d’opinion et aux dramatiques manchettes de journaux forcément racoleuses, servez bouillant !

Jean-Hugues Oppel réussi le pari de tenir en haleine son lecteur durant près de 450 pages (format poche) sur un événement ultra-connu de tous les français qui ont vécu la période des élections présidentielles de 2002. Cela sans jamais désigner nommément un quelconque dirigeant de parti, homme politique divers ou rédacteur en chef.

La chronologie des événements suit le fil des chapitres qui au lieu d’être vue par vous ou moi via, qui son quotidien préféré, qui son journal télévisé ou qui encore son meeting politique est vue au travers de potentiels personnages et organisations semi-souterraines oeuvrant pour que le candidat sortant soit réélu coûte que coûte et évite de redevenir un citoyen pris pour cible par la justice de son pays dès la fin de son mandat.
On a tous tout cela en tête, on a pu tous s’imaginer les pires scénarii qui ont à l’époque menés messieurs Le Pen et Chirac au second tour. Pourtant on se laisse porter par les personnages truculents, véreux ou trop intègres, mais sûrs d’eux-mêmes qu’Oppel monte autour des candidats jusqu’au moment de l’apothéose.

On pourra détester parfois le style littéraire un peu télégraphique – et c’est là que se fait pour moi la distance avec le American Tabloïd de James Ellroy – mais on appréciera forcément la vivacité du récit, les divers rebondissements et les intermèdes titrés des manchettes de journaux. D’ailleurs parmi les plus accrocheurs, et qui vous rappelleront sûrement le ras-le-bol qu’on a pu avoir sur le sujet à l’époque ("Insécurité – Comment les maires font face", "Insécurité : Il y a urgence", "Les multiples visages de l’insécurité", "L’insécurité sans débat"…etc) j’en ai noté un pour sa drôlerie et en même temps son côté pathétique, car j’imagine que notre auteur, fort bien documenté, l’a réellement vu dans des archives de journaux. Comme les quelques 200 autres titres d’ailleurs…

"Les vols d’huîtres ont repris"