une chronique de Poss publiée le 23 mai 2008
Sa profession, outre celle de dessiner des "petits mickeys", en tant qu’animateur de dessins animés l’a amené à aller travailler dans les pays où le vent de la mondialisation avait déjà commencé à souffler à plein régime : pays d’Asie où la main d’œuvre est bon marché, peu (voire pas) revendicative et disponible à souhait. Sa force a été de nous ouvrir les portes de son quotidien en Chine continentale (Shenzhen), en Corée du Nord (Pyongyang) et en Birmanie (Chroniques Birmanes). Pour ce dernier opus, la méthode reste la même bien que son rôle soit là celui "de mari de", puisque accompagnant sa conjointe travaillant pour M.S.F. dans la région.
C’est donc un journal de bord en forme de triptyque qui nous est proposé mélangeant son travail avec ses collègues asiatiques, ses rencontres avec les cercles d’expatriés, ses quelques – et maigres – échappées touristiques. On peut y lire des moments uniques et rares, tel son quotidien en Corée du Nord passé dans un hôtel pompeux au décor miteux et aux restaurants sempiternellement déserts. On peut y voir aussi de grands moments de critique et de rébellion (vite rattrapés par le quotidien et le caractère malgré tout peu militant de notre héros) face à des régimes autoritaires, tel le moment où l’ami Guy découvre qu’il habite tout près de la maison d’Aung San Suu Kyi (Prix Nobel de la Paix 1991) assignée à résidence par la junte militaire birmane. Mais surtout on s’y régale de vivre ces pays de l’intérieur. Certes avec la vision d’un occidental expatrié pour de courtes périodes, mais au final c’est bien ce qui fonctionne à merveille car on s’identifie très facilement et rapidement au personnage. On prend plaisir à découvrir mille et un détail de ces pays que l’on ne peut pas appréhender en regardant un documentaire, en lisant des livres politiques ou de société, ou simplement en y allant en touriste (pour la Corée du Nord le défi est de taille remarquez !). Guy nous apporte par son dessin sobre et efficace une dimension nouvelle, fraîche et simple, à l’humour acerbe, au ton critique avec un mélange d’objectivité-subjective plutôt plaisante.
Sachez toutefois que quand vous en aurez lu un, il vous faudra les autres.
Pour ma part, j’espère que notre auteur-héros aura à repartir prochainement en Asie ou ailleurs…
