Guy Delisle
date de parution : 2000 (Shenzhen), 2003 (Pyongyang), 2007 (Chroniques Birmanes)

     une chronique de Poss publiée le 23 mai 2008     

     C’est il y a 7 ans que je découvrais un peu par hasard le premier tome de ce qui allait devenir pour moi une trilogie majeure dans l’univers de la bande dessinée contemporaine. Je ne connaissais alors absolument pas Guy Delisle, auteur québécois que je qualifierais aujourd’hui comme le plus juste et le plus lucide de sa génération.

     Sa profession, outre celle de dessiner des "petits mickeys", en tant qu’animateur de dessins animés l’a amené à aller travailler dans les pays où le vent de la mondialisation avait déjà commencé à souffler à plein régime : pays d’Asie où la main d’œuvre est bon marché, peu (voire pas) revendicative et disponible à souhait. Sa force a été de nous ouvrir les portes de son quotidien en Chine continentale (Shenzhen), en Corée du Nord (Pyongyang) et en Birmanie (Chroniques Birmanes). Pour ce dernier opus, la méthode reste la même bien que son rôle soit là celui "de mari de", puisque accompagnant sa conjointe travaillant pour M.S.F. dans la région.

     C’est donc un journal de bord en forme de triptyque qui nous est proposé mélangeant son travail avec ses collègues asiatiques, ses rencontres avec les cercles d’expatriés, ses quelques – et maigres – échappées touristiques. On peut y lire des moments uniques et rares, tel son quotidien en Corée du Nord passé dans un hôtel pompeux au décor miteux et aux restaurants sempiternellement déserts. On peut y voir aussi de grands moments de critique et de rébellion (vite rattrapés par le quotidien et le caractère malgré tout peu militant de notre héros) face à des régimes autoritaires, tel le moment où l’ami Guy découvre qu’il habite tout près de la maison d’Aung San Suu Kyi (Prix Nobel de la Paix 1991) assignée à résidence par la junte militaire birmane. Mais surtout on s’y régale de vivre ces pays de l’intérieur. Certes avec la vision d’un occidental expatrié pour de courtes périodes, mais au final c’est bien ce qui fonctionne à merveille car on s’identifie très facilement et rapidement au personnage. On prend plaisir à découvrir mille et un détail de ces pays que l’on ne peut pas appréhender en regardant un documentaire, en lisant des livres politiques ou de société, ou simplement en y allant en touriste (pour la Corée du Nord le défi est de taille remarquez !). Guy nous apporte par son dessin sobre et efficace une dimension nouvelle, fraîche et simple, à l’humour acerbe, au ton critique avec un mélange d’objectivité-subjective plutôt plaisante.

     Sachez toutefois que quand vous en aurez lu un, il vous faudra les autres.
     Pour ma part, j’espère que notre auteur-héros aura à repartir prochainement en Asie ou ailleurs…

 
Navo
date de parution : Depuis Mars 2007

     une chronique de Poss publiée le 14 dĂ©cembre 2007     

  Dans la droite lignée de l’Association (pour ne citer qu’eux et faire plein de jaloux) un certain Navo s’est mis depuis quelques mois à publier épisodiquement (tous les jours, 2 jours, 3 jours, 7 jours enfin bref pas à heures fixes quoi !) une espèce de bande dessinée expérimentale sur son blog.
     Le but de la manoeuvre est de publier un strip de 3 cases sans aucun dessin. Vous me ferez remarquer qu’à ce stade ce n’est peut-être plus de la bande dessinée mais plutôt de la littérature. Que nenni ! Non pas que ce cher Navo n’ait point de talent littéraire, mais plutôt parce qu’on est bien dans une ambiance qui de Mafalda à Snoopy en passant par Garfield, Lapinot ou les personnages de Garry Larson nous plonge dans un univers  de BD pure et dure. Elle a juste été visuellement épurée de certains de ces éléments : le décor et les héros qui, malgré cet artifice, sont bels et bien présents et le font savoir par tous les moyens possibles. Même les cases y vont de leur graine et se rebellent contre leur auteur.
     Le concept paraît donc inépuisable, et même s’il ne fait pas forcément mouche à chaque coup, son auteur plutôt fort productif ne manque pas d’imagination et tente donc tous les jours (2 jours, 3 jours…etc… cf. plus haut) de se renouveler (ex. le manga pas dessiné ) et d’apporter de l’eau à son propre moulin. Souvent drôle, voire même parfois philosophique, il serait dommage de ne pas s’abonner (gratuitement, ah magie du web !) à cette petite merveille de bonne humeur et d’inventions.